Histoire d'un 'parlement de la science'

le Comité national du CNRS
[1]  


Pour citer cet article : http://www.histcnrs.fr/histoire-comite-national.html, J-F Picard, fév. 2018





Le Conseil supérieur de la recherche scientifique à l'origine du CNRS

La création du Centre national de la recherche scientifique est étroitement liée à l'installation d'un Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSRS), lequel une fois ce Conseil transformé en Comité national a joué un rôle majeur dans le fonctionnement du CNRS. A la fin de la troisième République, ce Conseil a été créé à l'instigation d'un groupe de scientifiques, soudé depuis l'affaire Dreyfus au sein d'une 'Union rationaliste', une association de normaliens fondée sur la conviction que la recherche scientifique est le moteur des progrès de l'humanité. L'un d'entre eux, le physicien Jean Perrin (Nobel 1926) l'un des pères fondateurs du CNRS, n'hésitait pas à identifier sa démarche à une œuvre messianique : «rapidement, peut être seulement dans quelques décades, si nous consentons au léger sacrifice nécessaire (pour l'organiser), les hommes libérés par la science vivront joyeux et sains, développés jusqu'aux limites de ce que peut donner leur cerveau... ce sera l'Eden écrit-il, un Eden qu'il faut situer dans l'avenir au lieu de l'imaginer dans un passé qui fut misérable»
[2]. C'est ainsi qu'en 1930 Jean Perrin convainc le ministre de l'Education nationale (A. de Monzie) de réunir diverses sources de financement de la recherche (taxe Borel, Office des inventions, caisses des sciences et des recherches scientifiques) au sein d'une 'Caisse nationale de la recherche scientifique' qu'il place sous les auspices de ce conseil.

Censée représenter l'ensemble de la communauté scientifique, le Conseil supérieur de la recherche est divisé en onze sections (cf. Tableau I) dont les membres sont nommés pour un tiers par l'Académie des sciences et les sociétés savantes, les deux autres par le monde universitaire dont une partie par élection pour les chercheurs de moins de 40 ans.  Réuni pour la première fois en 1934, il
est chargé d'une double mission. La première consiste à répartir des bourses destinées à assurer la subsistance de scientifiques déchargés de fonctions d'enseignement : "tout le problème de l'organisation scientifique consiste à trouver les jeunes esprits qui pourront devenir 'Ampère' ou 'Pasteur', dit Perrin. Le hasard n'y peut suffire et il faut y aider comme un bon jardinier qui sait reconnaître et protéger, dans des champs d'herbes folles, les jeunes plantes qui deviendront des arbres puissants...On ne saurait admettre ajoute t-il que l'activité scientifique dépende de la générosité d'un mécène. Si l'on admet que la recherche est un patrimoine national, la prise en charge des chercheurs constitue une responsabilité de service public" [2 bis]. Ainsi s'établit la mission du futur Comité national, à savoir recruter et assurer le suivi de carrière des chercheurs du CNRS. La seconde tâche confiée au CSRS concerne l'organisation de la recherche scientifique, selon des dispositions précisées par le directeur des Enseignements supérieurs de l'époque (J. Cavalier) : «quel que soit son effort (financier), l'Etat ne croit pas devoir intervenir pour imposer un programme ou des directives précises. L'orientation de la recherche, c'est aux savants qu'il appartient de la faire. Ce principe de liberté est à la base de l'organisation de la recherche scientifique en France…» [3]. Là aussi, ces dispositions qui fondent le pouvoir décisionnel des représentants de la communauté scientifique dans l'organisation de la recherche seront appelées à prévaloir dans le fonctionnement du CNRS, pratiquement jusqu'à nos jours.

Une étape décisive est franchie en 1936 lorsque le ministre de l'Education nationale du Front populaire, Jean Zay, installe un Service central de la recherche chargé de son administration et qu'il abonde la Caisse nationale de la recherche scientifique. Confronté aux «querelles de savants, redoutables à arbitrer»
[4] que n'ont pas manqué de provoquer la forte augmentation du budget de la recherche, le ministre convoque le Conseil supérieur afin de convier la communauté scientifique à l'organisation de son avenir. Les travaux des trois commissions mises en place par le CSRS (élaboration d'un statut des chercheurs, organisation de leurs laboratoires, mobilisation scientifique) aboutissent à la création du 'Centre national de la recherche scientifique' (décret du 19 octobre 1939), un organisme chargé de coordonner l'ensemble de la recherche publique au début de la guerre puisqu'il fusionne le Service de la recherche à l'Education nationale (H. Laugier), la Caisse nationale de la recherche scientifique et un 'CNRSAppliqué' (H. Longchambon) destiné à prendre la suite de l'Office des inventions en vue d'organiser la mobilisation scientifique [5]. Le CNRS s'appuie sur le Conseil supérieur de la recherche scientifique dont certaines sections sont coupées en deux (biologie, histoire/géo) tandis que de nouvelles sections sont créées dont l'une pour la médecine expérimentale en 1938, une autre pour la géologie et deux pour l'archéologie  en 1942 (cf. tableau I).


La difficulté de coordonner la recherche scientifique

Chargé par le texte fondateur de coordonner l'ensemble de l'activité scientifique en France, sous l'Occupation le CNRS a tenté, non sans difficulté, d'assurer cette fonction en contribuant à soutenir des recherches appliquées aux difficultés de l'heure (aliments et carburants de substitution, physique médicale, etc.). A la Libération, Frédéric Joliot nommé à sa direction veut inscrire l'organisme dans la perspective d'un rapprochement entre la recherche fondamentale et ses applications. Ingénieur de formation, nobélisé avec son épouse en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle, il a été le responsable du programme atomique français lancé avant-guerre par le CNRS. Il est convaincu que l'intrication indispensable de la recherche et de la technologie implique une politique scientifique volontariste et tente de réorganiser le CNRS en ce sens. Mais ces dispositions se heurtent au souci de la recherche académique de préserver la recherche fondamentale. Conseillé par son vieux maitre Paul Langevin et en attendant l'installation d'une nouvelle assemblée scientifique, Fredéric Joliot s'est appuyé sur un 'comité directeur' composé d'une centaine de personnalités scientifiques cooptées, souvent issues du CSRS. Or malgré un engagement politique partagé avec ses collègues, il se heurte à un monde universitaire certes lié comme lui au Parti communiste, mais surtout soucieux de préserver la liberté de la science pure, donc fermé à toute forme de programmation scientifique. Ainsi, la proposition de nommer le physicien Maurice Ponte le patron de la  CSF dans ce comité directeur est récusée par Paul Langevin au prétexte : "qu'il (serait) temps que le CNRS cesse de faire des cadeaux à l'industrie" [6] .

Un autre phénomène a joué en défaveur de se mission de coordinateur. Placé sous la tutelle de l'Education nationale, le CNRS s'avère impuissant en face d'autres administrations techniques soucieuses de développer leurs propres activités de recherche-développement et les années 1940 voient fleurir de nouveaux organismes comme l'Institut national d'hygiène (l'INH ancêtre de l'Inserm) dans le domaine de la santé, le Centre national d'étude des télécoms (CNET), l'Institut national de recherche agronomique (INRA), etc. Une évolution qui n'a pu que renforcer la césure entre la recherche pure et ses applications, entre un corps académique défenseur de la recherche libre et un monde économique soucieux d'innovations techniques. Quant à l'installation du Commissariat à l'énergie atomique,
il représente l'archétype d'un nouveau type d'organisme de recherche-développement directement rattaché au chef du gouvernement, comme le souhaitait Joliot qui vient d'en prendre la direction.


Le Comité national privilégie la recherche fondamentale

Début 1946,
afin de rendre toutes ses prérogatives à la recherche fondamentale, le nouveau directeur du CNRS, Georges Teissier, un universitaire contrairement à son prédécesseur, décide de s'appuyer sur le Comité national de la recherche scientifique dont le mode électoral vient d'être fixé par décrêt (8 novembre 1945). "Un reproche souvent fait aux scientifiques français est d'avoir résolument ignoré la science appliquée dit Teissier. Mais il ne faudrait pas que, tombant d'un excès dans l'autre, on sacrifie au bénéfice de la recherche technique, la recherche pure qui, seule, prépare l'avenir.../ Il faut sans aucun doute développer la recherche technique redoutablement déficiente chez nous, mais il ne faut pas que son développement ait priorité sur celui de la recherche scientifique. Il ne faut  pas qu'une politique stupidement utilitaire prétende discriminer parmi les disciplines scientifiques, celles qui sont rentables et celles qui ne le sont pas. Il ne faut pas, enfin, que le contrôle nécessaire de ces activités de recherche soit abandonné aux financiers ou aux économistes» [7] . Réuni pour la première fois en séance plénière à la Sorbonne le 2 juin 1948, le Comité national veut constituer un véritable 'Parlement de la science' et il multiplie le nombre des sections dont il a hérité du CSRS.



Tableau I : du Conseil supérieur de la recherche scientifique au Comité national

D'une trentaine de sections au début des années 1950, le Comité national en compte quarante-cinq trente ans plus tard (cf. tableau II). Cette inflation illustre la spécialisation croissante de la science, mais aussi la manière dont la communauté scientifique française a perçu l'évolution des connaissances, voire le souci de chacun de ses segments universitaires d'assurer sa représentation au sein de l'organisme [8]Les sections du Comité national se réunissent deux fois par an, une session de printemps examine les candidatures et discute de la promotion des chercheurs du CNRS, la session d'automne est consacrée aux moyens de fonctionnement dévolus aux laboratoires et à l'affectation de leur personnel d'ingénieurs, techniciens et administratif (ITA).

Concernant la représentation des domaines scientifiques au sein du Comité national, plusieurs faits sont à souligner. Si le CNRS fut dans une large mesure une création de physiciens, la physique qui cherche à regrouper ses moyens lourds dans des instituts, cède progressivement sa prééminence aux sciences de la vie (SDV), notamment au profit des nouvelles disciplines que sont la biologie cellulaire et moléculaire. Le développement de celles-ci explique réaménagements des sections de chimie, voire de physique. Quant aux humanités, inspirées par l'organisation des laboratoires en sciences exactes et de leurs pratiques de travail collectif, elles s'établiront au sein d'un large ensemble interdisciplinaire qualifié par le CNRS dans les années 1970 de 'sciences humaines et sociales' (SHS).



Tableau II : Le Comité national de 1950 à 1982


La physique et ses instituts
Paradoxalement, malgré le rôle des physiciens dans la création du CNRS, la physique est allé le plus loin dans une forme d'organisation qui l'a éloigné des modes de fonctionnement du Comité national. En effet, loin d'accroître leur présence en son sein (le nombre de sections concernées par la physique est resté à peu près stable jusqu'aujourd'hui), les physiciens ont voulu s'extraire de l'emprise du Comité national afin de répondre aux contraintes liées à l'installation d'une instrumentation lourde impliquant une coopération avec d'autres organismes comme le 'Commissariat à l'énergie atomique' (CEA), voire internationale dans le cas du 'Centre européen de recherche nucléaire' (CERN). De même, au début des années 1960, astrophysiciens et géophysiciens se sont rapprochés autour des nouvelles sondes extra-atmosphériques ou des observatoires internationaux pour fonder l''Institut national d'astrophysique et de géophysique' (INAG) devenu en 1987 'Institut des sciences de l'univers' (INSU) [9]. En 1972, les mêmes contraintes d'équipements lourds (accélérateurs linéaires, synchrotrons, etc.) ont contribué à l'institutionnalisation de la physique au sein d'un 'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules' (IN2P3) destiné à regrouper des équipes du CNRS, du CEA et de la faculté des sciences d'Orsay. Mais tandis que l'INAG admettait les avis scientifiques du Comité national, les physiciens nucléaires soucieux de leur autonomie ont obtenu que leur budget demeure hors des compétence de ses deux sections concernées (sect. 1 et 2) [10]

A l'inverse, en province où l'on est soucieux d'échapper au centralisme parisien, en s'appuyant sur la section 'Électronique, électricité et magnétisme' (sect. 3), ce type de coopération internationale et inter organismes, (CNRS, CEA, MPG, université et industries locales) a permis au physicien Louis Néel (Nobel 1970) d'installer le 'Centre d'études nucléaires de Grenoble' (CEN-G) au milieu des années 1950
[11]. Cette réussite incitera le CNRS à organiser en 1976 un département des 'Sciences pour l'ingénieur' (SPI) afin d'orienter les sciences physiques vers des activités de recherche-développement censées les rapprocher de l'industrie. Les SPI regroupent quatre sections du Comité national dont l'une consacrée à l'informatique et aux automatismes (sect. 8). Elles seront bientôt appelées à diversifier leur vocation ailleurs qu'en physique,  au profit de la chimie, des sciences de la vie ou des SHS.


La 'molécularisation' des sciences de la vie

L'importance prise par les sciences de la vie est un fait majeur dans l'histoire des sciences au vingtième siècle, comme dans celle du CNRS. Conséquence de leur complexification, elles ne comptent que quatre sections en 1945 qui deviendront une dizaine dans les années 1980. Simultanément, la population de chercheurs en SDV est passée de 18 % de ses effectifs globaux à plus 30% une vingtaine d'années plus tard, soit près du tiers de l'ensemble de son personnel. Il s'agit souvent de chercheuses puisque les SDV sont le secteur le plus féminisé du CNRS, 50% à la fin des 1970, contre 20 % en moyenne dans les autres secteurs [11 bis]. Cette expansion est liée à l'avancée des connaissances dans les sciences du vivant, notamment à l'essor d'une biologie moléculaire qui l'a rapproché de la biochimie et de la biophysique (de 1950 à 1980, dix points de moins en pourcentages des effectifs pour la chimie au profit des SDV cf. Tab. III), d'ailleurs non sans provoquer quelques réticences du côté de disciplines plus classiques comme la zoologie ou la botanique. Ainsi le pasteurien André Lwoff ne peut obtenir l'ouverture d'une section de 'biologie cellulaire' au Comité national qu'en 1950 du fait de l'opposition de naturalistes qui redoutent la baisse des moyens consentis à la botanique
[12]. Cette rivalité ressurgit en 1959 lorsque la DGRST lance une action concertée 'biologie moléculaire', une discipline en plein essor récompensées par le Nobel de trois pasteuriens en 1965 (A. Lwoff, J. Monod et F. Jacob), mais que le Comité national rechigne à inscrire dans sa nomenclature. La nouvelle discipline y sera finalement introduite en 1974 sous l'intitulé de 'biologie des interactions cellulaires' (sect. 22) et sanctionnée par  l'installation d'un Centre de génétique moléculaire. Plus récemment, les sections de 'biologie structurale' (sect. 20 et 21), 'génétique' (sect. 23) 'neurosciences (sect. 29) du Comité national ont ainsi largement contribué à permettre au CNRS, en relations avec l'Institut Pasteur, de donner une place enviable à la recherche en sciences de la vie dans notre pays.

Le cas de la recherche médicale illustre la 'molécularisation' des sciences du vivant. Bien qu'à la Libération, la présence de médecins y ait été fermement contesté par certains Pasteuriens, la section de 'médecine expérimentale' a permis à une nouvelle génération de cliniciens (C. Oberling, J. Bernard, B. Halpern, etc.) d'accéder à la recherche de laboratoire et à son instrumentation. Puis en 1974, cette évolution de la recherche médicale conduit le cancérologue Georges Mathé à demander le dédoublement de cette section qui compte alors 300 médecins chercheurs, entre l'une chargée de 'pathologie expérimentale' (sect. 23) et l'autre de 'thérapeutique expérimentale' (sect. 24). Le CNRS a ainsi activement participé à l'essor d'une médecine moléculaire, au moins autant que l'Inserm et ce, malgré quelques réactions de biologistes qui rappellent que «la biologie a plus fait pour la médecine que la médecine elle-même" (P. Chambon, sect. 22 'interactions cell.', automne 1977). Le CNRS peut ainsi légitimement revendiquer son activité dans la lutte contre l'épidémie de sida (Nobel de L. Montagnier en 2008), comme sa participation au 'Human Genome Program' (séquençage du chromosome XIV par J. Weissenbach) [12 bis].



Les sciences humaines et sociales

Dès l'origine, les sciences humaines ont été introduites au CNRS, non sans susciter certains sarcasmes de la part des sciences dures. Ainsi en 1944 Joliot s'interroge, "le CNRS en viendra t-il à subventionner des romans?"
[13]. En fait, les sciences humaines ont su bénéficier de l'organisation interdisciplinaire de l'organisme, que ce soit pour ouvrir des laboratoires de services (archéologie, documentation informatisée), nouer des relations avec les sciences exactes notamment dans le domaine des SDV, voire installer des disciplines insuffisamment reconnues jusque-là par l'Université. Ainsi, la section 'philosophie-sociologie-démographie' du Comité national a procédé à l'installation du 'Centre d'études sociologiques' de Georges Gurvitch. Les sociologues ont certes fini par émigrer en partie à l''Ecole des hautes études en sciences sociales' (EHESS), mais la discipline a pu se rapprocher de l'ethnologie, de l'économie ou des sciences de la vie, grâce au lancement dans les années 1970 d''Actions thématiques programmées' (ATP). Signe de son développement au CNRS, en 1982 la sociologie est représentée dans au moins quatre sections du Comité national (sect. 34, 35, 36 et 45).

Cependant, la place des SHS (16% des effectifs de chercheurs CNRS au début des années 1970) n'a cessé d'osciller entre la justification de leur présence aux côtés des sciences dures motivée par le souci de l'interdisciplinarité et leur retour dans le giron de l'Enseignement supérieur, conséquence des pratiques individuelles propres à ce secteur de la recherche. Dans certains domaines, la multiplication des sections du Comité national s'explique ainsi par de simples rivalités entre titulaires de chaires, comme la philologie - linguistique représentées par une unique section en 1945, mais par quatre dix ans plus tard (22 à 25 en 1960). A l'inverse, l'histoire moderne et contemporaine qui a bénéficié d'une bonne implantation universitaire n'a pu s'assurer de présence décisive au sein du Comité national [13 bis]. En 1974, un rapport de l'OCDE qui préconise le retour des SHS dans le giron universitaire annonce ce que deviendront les tâches d'enseignants-chercheurs partagés entre les deux tutelles que sont le CNRS d'un côté, le Conseil national des universités de l'autre.  



La professionnalisation de la recherche

Une fonction essentielle du Comité national concerne le recrutement et la gestion des carrières des chercheurs. En 1945, la refonte de l'organisme coïncidait avec la disparition des boursiers de la caisse des sciences : «le nom de boursier ne nous plaît pas disait Joliot, (ils) deviendront des 'attachés'. Les candidats chercheurs ne doivent pas avoir l'impression qu'ils sollicitent une faveur, mais que leur rémunération est la contrepartie d'une activité primordiale au point de vue national». Ainsi est créée un nomenclature de fonctions calquée sur la hiérarchie universitaire (chargé, maître et directeur de recherche pour chargé de cours, maître de conférence et professeur dans l'Enseignement supérieur). Au début des années 1950, les attachés de recherche sont les thésards d'un professeur qui est le patron de leur laboratoire et souvent membre du Comité national. En fait, celui-ci est devenu une "assemblée de notables écrit J.-C. Bourquin, dont la vocation est de contrôler la reproduction scientifique et sociale de l'Université. Les mandarins y distribuent des places et répartissent des moyens en fonction d'une excellence scientifique dont ils s'attribuent l'appréciation. Pour l'attaché de recherche le recrutement au CNRS n'est qu'un transit vers la faculté où il est pratiquement assuré de trouver un emploi
[14].

La situation évolue lorsque les représentants des deux milliers de chercheurs que compte le CNRS en 1956 prennent conscience de préoccupations différentes de celle leurs collègues universitaires. Une scission dans le Syndicat national de l'Enseignement supérieur (SNE-Sup) aboutit à la création du 'Syndicat national des chercheurs scientifiques' (SNCS). Celui-ci obtient un premier statut en décembre 1959 avec la titularisation des maitres et les directeurs de recherche (M.R. et D.R.), mais non des Chargés (C.R.) et des attachés de recherche (A.R.). Le syndicat fait alors pression pour obtenir l'automaticité de la promotion des A.R., en fait des chercheurs stagiaires, au grade supérieur. Sous cette pression, les départs d'attachés en fin de thèse qui représentaient un flux de 10% dans les années 1950, décroissent progressivement pour se stabiliser aux environs de 2% dans les années 1970.
Ces revendications finiront par aboutir au statut de 1984 avec des dispositions qui dotent les chercheurs d'un statut spécifique, distinct de celui des autres corps professionnels de la recherche (ingénieurs et techniciens, personnel administratif).

Le Comité national a ainsi joué un rôle majeur dans la professionnalisation de la recherche publique. Un fait d'autant plus important à souligner que la masse salariale (chercheurs + ITA)  n'a jamais représenté moins des deux tiers du budget de fonctionnement du CNRS, jusqu'à en atteindre les 9/10 ème dans les années 1980. En formant les gros bataillons de la recherche, la professionnalisation des chercheurs a permis de rendre à la France une place enviable dans la compétition scientifique internationale. Le CNRS peut ainsi légitimement revendiquer la vingtaine de lauréats Nobel qui - du physicien Jean Perrin (1926) au chimiste Jean-Pierre Sauvage (2016) - y ont travaillé à un titre ou à un autre au cours de leur carrière
[16]


Tableau III : effectifs du CNRS et répartition par départements scientifiques


Cependant, l'adoption d'un régime statutaire ne s'est pas montrée exempte d'inconvénients dont l'un concerne la compatibilité entre un statut de la fonction publique et les nécessités de l'évaluation des chercheurs. Les archives du Comité national pour les années 1970 révèlent la somme de discussions provoquées par le souci du suivi de carrière de ceux "qui n'ont pas démérité"
[17], alors que la pérennité de l'emploi assuré dans la fonction publique ne facilite pas la reconnaissance des performances exceptionnelles de certains d'entre eux ou, à l'inverse, leur regrettable absence chez d'autres. Un autre inconvénient a des conséquences plus dommageable pour le tonus de la recherche. Une fois passée la vague d'expansion des années soixante qui a vu les effectifs du CNRS quadrupler en l'espace de dix ans, le flux de recrutement pâtit de l'indisponibilité de postes budgétaires ouverts au recrutement. Au cours des années 1970, le Comité national multiplie les protestations qui ont laissé force traces dans les archives. Une section de physique exprime «...le regret que, parce que des jeunes brillants ont été mis en tête de liste, deux 'A.R. 7 ans' n'aient pu être promus» [18], le cas étant évidemment loin d'être unique. Il s'ensuit des vagues de recrutements caractérisés par les coups d'accordéon liés au flux de départs à la retraite et à l'intégration de personnels hors statuts, moyennant quoi la moyenne d'âge du personnel qui voisinait la trentaine au CNRS dans les années 1960, dépasse la cinquantaine une vingtaine d'années plus tard.

Pour remédier à cette situation, les directions scientifiques du CNRS mises en places en 1966,  soucieuses de jouer un rôle d'orientation, envisagent d'intervenir dans le classement de candidats en 'fléchant' les laboratoires bénéficiaires d'un 'affichage' de postes. Mais ces velléités  de pilotage
sont critiquées par le Comité national. Dans les années 1970, des sections se plaignent d'une «politique malsaine de débauchage entre équipes" [19], d'autres ne manquent pas d'évoquer le risque que toute forme de programmation scientifique n'aboutisse "à la médiocratisation de la recherche" [20]. L'opposition devient alors  systématique entre les directions scientifiques soucieuses d'orienter la recherche et des sections qui s'abritent derrière l'argument de liberté de la recherche pour dénoncer un "viol de leurs prérogatives" [21]. Ces dysfonctionnements finiront par aboutir au blocage du dispositif en 1986 lors d'un changement de majorité politique et d'une remise en cause des fonctions du CNRS [22].

Le pilotage de la recherche

On a évoqué les circonstances dans lesquelles au lendemain de la guerre, le CNRS avait abandonné ses fonctions de coordination de la recherche. Une quinzaine d'années plus tard, l'innovation scientifique et technique symbolisée par la conquête spatiale ou l'essor des sciences de la vie est devenu le leitmotiv des politiques scientifiques dans les pays développés. Pau après sa naissance, en 1959 la Vème République procède à l'installation d'une nouvelle instance  directement rattachée à la tête du gouvernement, chargée de re dynamiser le dispositif de la recherche publique grâce à un Comité des sages (CCRST) appuyé sur un bras séculier, la 'Délégation générale à la recherche scientifique et technique' (DGRST). Afin d'irriguer certains domaines scientifiques porteurs d'avenir comme la biologie moléculaire, la DGRST lance des 'actions concertées' inscrites dans un dispositif contractuel qui repose, point capital, sur des modes d'évaluation collectifs et non plus individuels.

Soucieuse d'impliquer le CNRS dans ces nouvelles procédures, dans les années 1960 la Délégation lui confie le soin d'établir un 'rapport de conjoncture' susceptible d'éclairer de nouvelles voies scientifiques. En fait, la tâche se heurte d'emblée aux modes de fonctionnement du Comité national. Chargé de répartir des moyens budgétaires dévolus entre une quarantaine de sections (cf. Tableau II), celui-ci s'avère incapable d'arbitrer entre les demandes des physiciens et celles des biologistes, entre celles des naturalistes et des molécularistes, entre démographes et sociologues, etc. Le saupoudrage des crédits auquel il est astreint rend vaine toute possibilité d'orienter la recherche en fonction de choix stratégiques.

En revanche, une initiative de la direction du Centre pour développer un dispositif d'évaluation collective, a mieux réussi. Elaborée par son directeur général, Pierre Jacquinot, la nouveauté consiste à soumettre les laboratoires propres ou extérieurs au CNRS à une évaluation pluriannuelles (le tourniquet) réalisée par la Comité national. En 1966, les laboratoires et les équipes de recherche universitaires associés (LA, ERA) sont désormais assurés d'un mode d'évaluation dont ils étaient jusque-là pratiquement dépourvus. En fait, ce dispositif qui n'a pas peu contribué à doper le tonus de la recherche universitaire, concerne aussi les autres établissements scientifiques associés au CNRS (Institut Pasteur, Inserm, INRA, universités, etc.) avec la généralisation des 'unités mixtes' (UM) que l'on connait aujourd'hui.

Il reste que le souci d'introduire au CNRS un mode de pilotage scientifique en adoptant certains dispositifs - actions thématiques programmées (ATP), programmes interdisciplinaires de recherche (PIR) - s'est régulièremet heurté aux réticences d'un Comité national défenseur instransigeant de la liberté de la recherche
[23]. De fait inspirées des actions concertées de la DGRST, malgré leur réussite initiale, les ATP lancées au début des années 1970 n'ont pas connu le développement escompté. Initiées par les départements scientifiques du CNRS - I.e. en dehors des compétences du Comité national -, elles étaient censées combler certaines lacunes de la recherche entre champs disciplinaires. Ainsi une 'ATP toxicologie' est prévue pour compenser les faiblesses de la recherche pharmacologique en tissant des liens entre biochimie et biologie. En SHS, un secteur de la recherche particulièrement émietté, des 'ATP' ont permis de fructueux rapprochements interdisciplinaires avec les sciences exactes, tout en facilitant le rapprochement de la sociologie et de l'économie en matière de santé humaine ou dans les domaines de l'énergie ou de l'urbanisme. Mais les sections du Comité national ayant obtenu une représentation au sein des comités d'ATP, le dispositif périclite pour se réduire in fine à fournir la jouvence des laboratoires, autrement dit à soutenir leurs fonctions routinières et donc en entravant l'éventuelle réorientation de leur activité. En fait ces actions thématiques n’ont jamais vraiment fait souche au CNRS regrettait son directeur le physicien Robert Chabbal, alors que l'ambition initiale était d'assurer un 'pilotage par l'aval' censé représenter la moitié de son budget d'équipement, elles n'en ont au mieux mobilisé que le dixième [24] .

Involution et externalisation

Les élections présidentielles de 1981 ont marqué le retour de la gauche au pouvoir dans le renouveau d'un esprit de Front populaire. L'un des premiers gestes du ministre socialiste de la Recherche et de la Technologie (MRT), Jean-Pierre Chevènement, est de confier à un chercheur de l'Inserm, Philippe Lazar, le soin de préparer des 'Assises de la recherche' afin de faire droit aux revendications syndicales. En fait, le SNCS réclame d'emblée la tête des directeurs du CNRS et de l'Inserm, responsables selon ce syndicat d'avoir soumis leurs organismes à un 'pilotage par l'aval', autrement dit de les avoir pliés  "...aux objectifs du gouvernement Giscard-Barre, c'est-à-dire aux intérêts des grands trusts privés et aux impératifs idéologiques du conservatisme" [25].

A la suite des assises, le 'Colloque national sur la recherche et la technologie' organisé à Paris en janvier 1982 s'ordonne en six chapitres dont les principaux concernent 'l'apport culturel de la recherche et la responsabilité du chercheur' et 'les hommes et les institutions'. A sa suite,
Philippe Lazar nommé directeur général de l'Inserm, la loi d'orientation adoptée en juillet 1982 établit le statut d''Etablissements publics scientifiques et techniques' (EPST) et accompagne la fonctionnarisation de leur personnel. Or, la situation a profondément éveluée depuis l'époque ou Jean Perrin portait le CNRS sur les fonds batismaux, montant en épingle la rôle des chercheurs en matière de progrès social. La recherche scientifique est devenue une entreprise collective dont l'évaluation porte davantage sur sa place dans le développement économique que sur le jugement de performances individuelles nécessaires au soi disant besoins de la recherche fondamentale. Ainsi, Maurice Avonny le chroniqueur scientifique du 'Monde', lorsqu'il rend compte du colloque de 1982, s'étonne de la priorité donnée "...à la question des besoins des chercheurs (plutot que) de ceux auxquels ils doivent répondre, davantage de leurs droits que de leurs devoirs et surtout de l'accent mis sur la recherche fondamentale, (qui) ni en volume, ni en nombre d'hommes, ni en utilité pratique, ni peut-être en valeur culturelle, n'est supérieure aux autres.../ (Mais qui) reste la référence par rapport à laquelle 'on' raisonne (et qui) est un peu trop l'arbre qui cache la forêt, (tant) le mythe du chercheur, individualiste, spécialisé dans un étroit domaine où il est candidat au prix Nobel reste enfoui dans bien des subconscients" [26]. 

En fait, les réformes du début des années 1980 n'ont guère facilité l'insertion du CNRS au sein d'une économie de l'innovation en passe de devenir la règle des politiques de recherche. On constate ainsi les difficultés rencontrées par les EPST à suivre certaines évolutions de la conjoncture scientifique,
par exemple le rôle d'initiatives privées (fondations, associations), plutot que publiques, dans les développements du programme génome humain [26 bis]. De son côté le syndicat des chercheurs (SNCS) arrivé au terme de ses revendications avec la fonctionnarisation, cède place à un mouvement moins structuré, 'Sauvons la recherche' (SLR), qui tente de s'opposer à la contractualisation de l'activité scientifique telle qu'établie en 2004 par une nouvelle loi d'orientation. L'Académie des sciences mandatée à cette occasion dresse le bilan des difficultés rencontrées par des enseignants-chercheurs absorbés dans la massification de l'enseignement supérieur, comme la caducité des dispositions d'un emploi fonctionnarisé dans les EPST, caractérisés par : "...trop de promotions à l'ancienneté et pas assez de promotions au mérite, d'où une reconnaissance beaucoup trop tardive des jeunes talents qui asphyxie l'ensemble du  système.../ Trop de mécanismes électifs qui, dans l'évaluation par les pairs, n'offrent pas de garantie d'optimisation des compétences et introduisent à l'inverse une certaine forme de consanguinité au détriment d'une évaluation internationale.../ Tout en donnant un poids aux syndicats dont certains sont devenus trop corporatistes" [27]

Certes aujourd'hui, le CNRS fort de ses 28 000 agents reste un élément incontournable de la recherche française, mais l'involution subie l'a ramené à sa vocation primaire, celle d'une caisse des sciences destinée à assurer la subsistance de chercheurs, "ces cerveaux si fâcheusement pourvus d'estomacs" disait Jean Perrin au siècle précédent
[28]. Quant à son Comité national dont les limites en matière d'évaluation scientifique ont privé pour partie le CNRS d'une bonne visibilité internationale, il est désormais délesté d'une partie de ses fonctions. Depuis 2005, le pilotage de la recherche est assuré dans un cadre contractuel par une 'Agence nationale de la recherche' (ANR) censée mettre en œuvre "(un) financement sur projets dans le respect de standards internationaux.../ en intensifiant les liens entre secteur public et secteur privé.../ (tout) en ciblant ses efforts sur des priorités économiques et sociétales définies par l'Etat" [29], l'Agence étant habilitée à décerner les labels d'excellence (LABEX) aux laboratoires du CNRS, comme à ceux des autres établissements publics. De son côté, l'évaluation des unités de recherche de l'Enseignement supérieur ou des EPST opérée au niveau collectif est désormais confiée à un 'Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur' (HCERES). Seule l'évaluation des chercheurs du CNRS reste l'apanage de son Comité national [30], encore leur flux de recrutement est-il rigoureusement inscrit dans une enveloppe recherche fixée par la loi de finances .



 

NOTES

[1] Ce dossier s'inspire d'un rapport d'audit effectué en 1991 à la demande du DG CNRS (Le Comité national du CNRS, par J.-F. Picard en collab. avec J.-C. Bourquin et M. Bungener), réalisé à partir d'un fonds d'archives du Comité national côté AN 830008 : 119-183 sessions du CN par sect d’automne 1971 à printemps 1979 traitées par L. Cogné. Voir aussi Picard J-F, 'La République des Savants, le CNRS et la recherche française', Flammarion, 1990 ainsi que Guthleben D., 'Histoire du CNRS DE 1939 à nos jours', Armand Colin, 2013.

[2] Perrin J., 'La recherche scientifique, Paris, Hermann, 1933

[2 bis] Perrin J., Proposition de loi pour la création d'un service national de la recherche, 1930 (Arch. CNRS, AN 80284 - 1)

[3] Note du directeur de l'Enseignement supérieur au ministre de l'Education nationale, janv. 1935 (d°)

[4] Zay J. , 'Souvenirs et solitude', Le Talus d'approche, 1987

[5] Picard J-F, Pradoura, E., 'La longue marche vers le CNRS (1901-1945), Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1988-1

[6] CNRS, comité de direction, 18 sept. 1944 (AN 80284 - 205)

[7] Teissier G., 'Une politique française de la science', conf. à l'Union française universitaire, 21 juin 1946 (AN 80284)

[8] Signalons qu'à ses débuts le découpage du CN en sections ne relève que d'une décision du CNRS. Par la suite, il devient l'objet d'un décret ministériel mais doit répondre au souci de ne pas dépasser le nombre d'environ 150 à 200 chercheurs représentés par chacune de ses sections.

[9] Afin de répondre aux craintes que cet établissement ne dépossède le Comité national de ses prérogatives, le promoteur de l'INAG (J.-F. Denisse) propose que les sections concernées forment le conseil scientifique de l'INAG, devenu ultérieurement 'Institut national des sciences de l'univers' par recouvrement des sections concernées (sect. 18 à 21). Darmon G., 'La mise en place d'un institut national au sein du CNRS, l'INAG', Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1988. 1.

[10] Darmon G.,'La mise en place des instituts nationaux, la difficile naissance de l'IN2P3, Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1990-10

[11] Pestre, D.,'Louis Néel, le magnétisme et Grenoble, Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1990 - 8

[11 bis] Picard J-F., 'Les femmes dans les laboratoires de biologie', in Les Femmes dans l'histoire du CNRS  (G. Hatet-Najar ed.), Paris, CNRS, 2004.

[12] Confère une intervention de Roger Heim le directeur du Museum d'histoire naturelle au conseil d'administration du CNRS, PV du 9 mars 1945 (AN 80284 - 55)

[12bis] Voir http://www.histrecmed.fr

[13] Conférence donnée au CNRS, 7 juin 1945 (AN 80284 - 55)

[13 bis]  Voir un entretien réalisé en 1987 avec Jacques Lautman, ancien directeur des SHS

[14] Bourquin j-C, 'Le Comité national de la recherche scientifique, sociologie et histoire 1950 - 1967', Cahiers pour l'histoire du CNRS 1989 - 3. Sur le fonctionnement du Comité national, voir aussi le témoignage de ses anciennes secrétaires, Lucienne Plin et Geneviève Niéva

[15] il s'agit par exemple de «donner la priorité au personnel en n'émettant aucun vote qui puisse aller dans le sens d'un licenciement» (sect. 5, 'thermodynamique et cinétique', printemps 1971, AN 830008)

[16] http://www.cnrs.fr/fr/recherche/prix.htm

[17] Les sections du Comité national se plaignent de passer davantage de temps à résoudre le cas de chercheurs à problèmes que de s'occuper d'évaluation scientifique. Ces remarques comme les notations qui suivent sont toutes extraites des archives du Comité national cotées AN 830008 (119 à 183, sessions du CN par sections de l'automne 1971 au printemps 1979)

[18] Sect. 19 'physico chimie des interfaces' (d°)

[19] Sect. 4, 'mécanique énergétique', automne 1976 (d°)

[20] Sect. 21, 'biologie cellulaire', automne 1976 (d°)

[21] La section 22 'biologie des interactions cellulaires' dénonce un viol de ses prérogatives lors de « ...l'octroi d'un poste à un chercheur classé treizième quand il n'y a que sept postes attribués à la commission »(printemps 1976, d°). C’est l’époque où la notion de 'minimum vital' pour la survie d'un laboratoire est lancée, une pratique à laquelle un président de section rétorque que « ...des gens ont pu vivre dans des camps de concentration (!) pendant six ans, sans en mourir » (P. Brossel, sect. 8, 'physique atomique et moléculaire', automne 1976, d°).

[22] ' Le CNRS paralysé par une décision du conseil d'Etat', Le Monde 21 juin 1986. Dans le gouvernement Chirac issu des élections législatives de 1986, le Syndicat autonome de l'Enseignement supérieur a demandé le démentèlement du CNRS au profit des laboratoires universitaires.

[23] Ainsi que le constate le conseiller d'Etat Antoine Bernard dans un rapport en 1972. Voir Guthleben D., 'Histoire du CNRS de 1939 à nos jours', Op. cit., pp. 308 et sq.

[24] Imbert, 'Biologie des interactions cell.', automne 1976 (AN 83008). On reproche également aux ATP de sortir du domaine de la recherche publique pour devenir "une industrie pharmaceutique qui ne veut pas dire son nom" (pharmocodynamie, automne 1977, d°).François Gros dénonce un système qui stérilise l'“humus” indispensable à la recherche fondamentale (Directoire du CNRS, PV 5-6 juillet 1977).

[25] Le SNCS demande la démission des directions de l'Inserm et du CNRS, Le Monde, 9 juillet 1981. Alors que quatre Nobel (F. Jacob, A. Lwoff, A. Kastler, L. Néel) protestent contre des pressions syndicales qu'ils jugent antinomiques avec la qualité de la recherche, les chercheurs syndiqués n'hésitent pas à se présenter comme les garants de l'excellence scientifique : "les membres du SNCS sont tous des scientifiques qui luttent pour la recherche, parce que précisément l'excellence ne peut en être assurée que dans le respect de ceux qui la font, des lois propres au développement scientifique, et des besoins de la nation entière" in Le Monde, 25 juillet et 3 aout 1981

[26] Avonny M., 'Questions', Le Monde 13 janv. 1982

[26 bis] http://www.histrecmed.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=298&Itemid=238

[27] 'La contribution de Nobel français au débat sur la recherche.  La crise de la recherche académique, une opportunité de changement', Le Monde, 9 mars 2004 (Version intégrale de ce texte sur www.pasteur.fr /pasteur/dunerf.html)

[28] Perrin J., discours devant le CSRS, avril 1938 (AN 80284).

[29] http://www.agence-nationale-recherche.fr/missions-et-organisation/missions/

[30]La structure du Comité national a peu changé depuis les années 1980 <http://www.cnrs.fr/comitenational/sections/intitsec.php>. Les directions scientifiques ont été rebaptisées 'instituts'. Deux nouveaux instituts ont été créé écologie et environnement et sciences mathématiques et interactions. Les défunts Programmes interdisciplinaires de recherche (PIR) ont donné suite à cinq commissions interdisciplinaires <http://www.cnrs.fr/comitenational/cid/intitcid.php>


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