Du Conseil supérieur de la recherche scientifique

au Comité national du CNRS [1]

 

JFP - 01.2018

Le Comité national est longtemps resté la pierre angulaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Son installation sous forme d'un 'Conseil supérieur de la recherche scientifique' (CSRS) remonte à 1930, lorsque la Troisième République confia à un groupe de scientifiques progressistes le soin d'organiser ce qui deviendrait quelques années plus tard le CNRS. Issus d'une génération de normaliens soudée depuis l'affaire Dreyfus, les physiciens Jean Perrin et Paul Langevin, le mathématicien Emile Borel, le chimiste Georges Urbain et quelques autres venaient de créer l''Union rationaliste', une association franc-maçonne fondée sur la conviction que la recherche scientifique constitue le moteur essentiel des progrès de l'humanité. Pour justifier une campagne qui allait conduire à la création du CNRS, Jean Perrin n'hésitait pas à l'identifier à une religion : « rapidement, peut être seulement dans quelques décades, si nous consentons au léger sacrifice nécessaire (pour l'organiser), les hommes libérés par la science vivront joyeux et sains, développés jusqu'aux limites de ce que peut donner leur cerveau... ce sera l'Eden écrit-il, un Eden qu'il faut situer dans l'avenir au lieu de l'imaginer dans un passé qui fut misérable » [2]. Cette envolée lyrique de l'un des pères fondateurs illustre mieux qu'un long discours la foi dans le rôle émancipateur de la science destiné à rester une caractéristique du CNRS.

 

Un Conseil supérieur de la recherche scientifique antérieur au CNRS

A l'instigation de Jean Perrin, le président du Conseil (E. Herriot) avait décidé d'affecter à une 'Caisse nationale des sciences' (CNS), cinq millions de francs prélevés sur le budget de la ligne Maginot tandis que le ministre de l'Education nationale (A. de Monzie) lui adjoint en 1933 un 'Conseil supérieur de la recherche scientifique' (CSRS) chargé de répartir des bourses destinées à des jeunes chercheurs comme Frédéric Joliot ou Jean Coulomb (deux futurs directeurs du CNRS). Placé sous la tutelle du ministère de l'Education nationale, ce Conseil représente l'ensemble de la communauté scientifique, par disciplines et non par institutions comme son alter ego le 'Conseil supérieur de l'Instruction publique'. Il est divisé en dix sections (cf. Tableau I) dont les membres sont nommés pour un tiers par l'Académie des sciences et les sociétés savantes, les deux autres par le monde universitaire (dont une partie par élection pour les chercheurs de moins de quarante ans). Le directeur des Enseignements supérieurs (J. Cavalier) précise la déontologie de cet organisme. « Quel que soit son effort (financier), l'Etat ne croit pas devoir intervenir pour imposer un programme ou des directives précises. L'orientation de la recherche, c'est aux savants qu'il appartient de la faire. Ce principe de liberté est à la base de l'organisation de la recherche scientifique en France… » [3]. Cette disposition qui fondait le pouvoir des représentants de la communauté scientifique dans l'organisation d'un service public de la recherche prévaudra pratiquement jusqu'à la fin du vingtième siècle au Comité national.

En 1936, un nouveau pas dans l'organisation de la recherche est franchi lorsque le ministre de l'Education nationale du Front populaire, Jean Zay, installe au sein de son ministère un 'Service national de la recherche' confié au physiologiste Henri Laugier chargé de diriger la 'Caisse nationale de la recherche scientifique' (ex-CNS ainsi rebaptisée en 1935). En 1938, confronté aux « ...querelles de savants, redoutables à arbitrer » [4] que n'ont pas manqué de provoquer la forte augmentation du budget public de la recherche, Jean Zay réunit le Conseil supérieur afin de convier la communauté scientifique à l'organisation de son avenir. Trois commissions sont constituées, l'une destinée à l'élaboration d'un statut des chercheurs (rapporteur : A. Coville), une autre de l'organisation des laboratoires (A. Mayer) et la dernière à la mobilisation scientifique (H. Longchambon). A l'approche de la Seconde Guerre mondiale, le CNRS est donc créé par un décret (19 octobre 1939) afin de coordonner l'ensemble de la recherche française en fusionnant la Caisse nationale de la recherche scientifique et le Service de la recherche, un 'CNRS Appliqué' héritier de l'Office des inventions de Bellevue. Le CNRS est épaulé par le Conseil supérieur de la recherche scientifique alors doté de nouvelles sections, l'une pour la médecine expérimentale (G. Roussy) en 1938, une autre pour la géologie (C. Jacob) et deux pour l'archéologie (J. Carcopino) en 1942 (Tableau I).

 

Le CNRS et la difficulté de coordonner la recherche scientifique

Chargé de coordonner l'ensemble de la recherche, sous l'occupation le CNRS a tenté non sans difficulté d'assurer cette fonction en contribuant à soutenir des recherches appliquées aux difficultés de l'heure (aliments et carburants de substitution, physique médicale, etc.). A la Libération, Frédéric Joliot nommé à sa direction veut s'inscrire dans cette perspective. Ingénieur de formation, nobélisé avec son épouse pour la découverte de la radioactivité artificielle, il a été le responsable du programme atomique français lancé avant la guerre. Joliot est convaincu que l'intrication indispensable de la recherche fondamentale avec ses applications implique une politique scientifique volontariste et il tente de réorganiser le CNRS en ce sens. Conseillé par son vieux maitre Langevin, il installe au CNRS un 'Comité directeur' composé d'une centaine de personnalités scientifiques. Cependant, malgré un engament politique partagé avec lui, il ne tarde pas à se heurter à un monde universitaire certes lié à l'extrême gauche, mais surtout soucieux de préserver la liberté de la recherche et donc fermé à toute forme de programmation. Par exemple, l'éventualité de nommer le physicien Maurice Ponte le patron de la CSF au 'Comité directeur' est récusée par Paul Langevin au prétexte : "qu'il (serait) temps que le CNRS cesse de faire des cadeaux à l'industrie" [5].

Un autre élément a joué au détriment d'un CNRS coordinateur de la recherche. Placé sous la tutelle de l'Education nationale, l'organisme s'avère impuissant en face d'autres administrations techniques soucieuses de développer des activités de recherche-développement. Les années 1940 voient ainsi fleurir de nouveaux organismes comme l'Institut national d'hygiène (l'INH ancêtre de l'Inserm) dans le domaine de la santé, le Centre national d'étude des télécoms (CNET), l'Institut national de recherche agronomique (INRA), etc. Une évolution qui n'a pu que renforcer la césure entre la recherche fondamentale et ses applications, entre un corps académique défenseur de la de la recherche libre et un monde économique soucieux d'innovations techniques. Dans le secteur de l'énergie, nationalisé en 1946, EDF se dote dès l'origine d'une direction des 'études et recherches' que l'on retrouvera à l'origine d'un programme électronucléaire mené avec le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Ce dernier, à l'installation duquel Joliot a directement participé en quittant le CNRS, représente l'archétype d'un nouveau type d'organisme de recherche-développement directement attaché au chef du gouvernement par décision du général de Gaulle.

 

Le Comité national et la recherche fondamentale

Début 1946, le généticien Georges Teissier, un universitaire contrairement à son prédécesseur, décide de s'appuyer sur le Comité national de la recherche scientifique récemment installé afin de redonner toutes ses prérogatives à la recherche fondamentale[6] : « un reproche souvent fait aux scientifiques français est d'avoir résolument ignoré la science appliquée dit Teissier. Mais il ne faudrait pas que, tombant d'un excès dans l'autre, on sacrifie au bénéfice de la recherche technique, la recherche pure qui, seule, prépare l'avenir.../ Il faut sans aucun doute développer la recherche technique redoutablement déficiente chez nous, mais il ne faut pas que son développement ait priorité sur celui de la recherche scientifique. Il ne faut pas qu'une politique stupidement utilitaire prétende discriminer parmi les disciplines scientifiques, celles qui sont rentables et celles qui ne le sont pas. Il ne faut pas, enfin, que le contrôle nécessaire de ces activités de recherche soit abandonné aux financiers ou aux économistes » [7]. Réuni pour la première fois en séance plénière à la Sorbonne le 2 juin 1948, le Comité national constitue un véritable 'Parlement de la science' en multipliant le nombre des sections dont il a hérité du Conseil supérieur (tableau I). $

 

CSRS -1938, 11 sections


 
1 Mathématiques
2 Mécanique, astronomie
3 Physique
4 Chimie
5 Biologie
6 Médecine expérimentale
7 Sciences naturelles
 
8 Histoire, géographie
9 Philologie
10 Philosophie
11 Sciences sociales

CSRS -1942

 16 Sections, introduction de la géologie et de l'archéologie

Mathématiques, mécanique
Physique
Probabilités, mécanique physique, physique du globe
Minéralogie, géologie
Chimie
Biologie animale
Biologie végétale
Médecine, physiologie humaine

Histoire
Géographie
Philo
Philologie
Sciences économiques et sociales
Sciences juridiques
Archéologie extra métropolitaine
Archéologie métropolitaine

1945, Comité national,

30 Sections réparties en 8 groupes

Mathématiques  
Mathématiques pures
Théories physiques
Probabilités et applications
Mécanique et maths appliquées

Astronomie, Astrophysique, Géophysique

Minéralogie, géologie, paléontologie.    
Cristallographie
Pétrographie
Géologie appliquée

Physique                                                  
Optique
Physique moléculaire
Thermodynamique
Physique corpusculaire
Electricité, magnétisme

Chimie                                                       
Physique
Minérale                                                      
Organique
Biologique

Biologie                                                   
Zoologie et physiologie
Physio. et biologie générale
Océano. et biologie marine
Botanique et biologie végétale

Sciences médicale
 
Sciences humaines 
                              
Géographie
Archéologie et histoire de l'art 
Histoire
Philologie linguistique 
Psychologie
Philosophie sociologie, démographie, sciences juridiques et économiques
Anthropologie, ethnologie

Tableau I : du Conseil supérieur de la recherche scientifique au Comité national

 

D'une trentaine au début des années 1950, il en compte quarante-cinq trente ans plus tard (cf. tableau II). On peut considérer que cette inflation illustre la spécialisation croissante de la science ou la manière dont la communauté scientifique française a perçu l'évolution des connaissances, voire le souci de chacun de ses segments d'assurer le maintien de sa représentation[8]. Plusieurs faits significatifs sont à souligner. Si le CNRS fut dans une large mesure une création de physiciens, la physique qui cherche à regrouper ses moyens lourds dans des instituts, cède progressivement sa prééminence aux sciences de la vie (SDV), notamment aux nouvelles disciplines réductionnistes que sont la biologie cellulaire et moléculaire. Le développement de celles-ci s'explique en partie par certains réaménagements dans le découpage du Comité national en chimie organique, voire en physique. Quant aux humanités, inspirées par l'organisation des sciences naturelles, elles s'établiront au sein d'un vaste ensemble interdisciplinaire qualifié dans le CNRS des années 1970 de 'sciences humaines et sociales' (SHS).

1950, 31 sections 


Mathématiques
1 Mathématiques pures
2 Théories physiques, probabilités et applications        
3 Mécanique générale et mathématiques appliquées
  
Astronomie et sciences de la Terre
4 Astronomie, Astrophysique, physique du globe       
5 Minéralogie et cristallographie  
6 Géologie, Paléontologie, géologie appliquée
 
Physique
7 Optique, physique moléculaire et instruments           
8 Mécanique physique, thermodynamique        
9 Physique nucléaire et corpusculaire      
10 Electricité, électronique, magnétisme
 
Chimie
11 Chimie physique
12 Chimie minérale
13 Chimie organique          
14 Chimie biologique 
       
Biologie
15 Physiologie         
16 Biologie Cellulaire          
17 Zoologie et biologie animale   
18 Botanique et biologie végétale 
    
Médecine
19 Pathologie expérimentale, pharmacodynamique et thérapeutique expérimentale

Anthropologie, préhistoire et ethnographie
20 Anthropologie préhistoire et ethnographie  
        
Géographie
21 Géographie

Etudes linguistiques, philologiques, littéraires et musicales
22 Linguistique et philologie classique   
23 Linguistique et philologie non classique
24 Etudes littéraires et Musicales

Etudes juridiques, économiques et financières
25 Etudes juridiques                               
26 Etudes économiques et financières
27 Sociologie et psychologie sociale

Etudes historiques
28 Civilisations non classiques
29 Antiquité classique
30 Moyen-Age et Temps Modernes        
31 Philosophie

1974,  41 Sections

Maths physique
1 Mathématiques et modèles mathématiques
2 Informatique, automatique, analyse des systèmes, traitement du signal
3 Electronique, électrotechnique, optique
4 Mécanique, énergétique
5 Physique théorique
6 Physique nucléaire et corpusculaire

INAG-TOAE
7 Astronomie et environnement planétaire

Physique
8 Physique atomique et moléculaire
9 Structure et dynamique moléculaire, chimie de coordination
10 Physico-chimie des interactions et des interfaces
11 Chimie et physico chimie
12  Physique de la matière condensée, cristallographie

INAG-TOAE
14  Géophysique et géologie interne, minéralogie
15 Géologie sédimentaire et paléontologie
16 Océanographie et physique de l'atmosphère

Chimie
17 Synthèse organique et réactivité
18 Chimie organique, biologique et chimie thérapeutique
19 Physico-chimie des polymères et des molécules biologiques
20 Biochimie

SDV
21 Biologie cellulaire
22 Biologie des interactions cellulaires
23 Pathologie expérimentale et comparée
24 Thérapeutique expérimentale, pharmacologie
25 Physiologie
26 Psychophysiologie et psychologie
27 Biologie et physiologie végétales
28 Biologie animale
29 Ecologie

SHS
30 Anthropologie, préhistoire, ethnologie
31 Sociologie et démographie
32 Géographie
33 Sciences économiques
34 Sciences juridiques et politiques
35 Linguistique générales, langues et littératures étrangères
36 Etudes linguistiques et littéraires françaises, musicologie
37 Langues et civilisations classiques
38 Langues et civilisations orientales
39 Antiquités nationales, histoire médiévale
40 Histoire moderne et contemporaine
41 Philosophie, épistémologie, histoire des sciences

1982,  45 Sections, 7 départements

 Physique nucléaire/ IN2P3
1 Physique nucléaire
2 Physique corpusculaire

 Maths Physique de base (Dir. MPB)
3 Mathématiques et modèles mathématiques
4 Physique théorique
5 Physique atomique et moléculaire
6 Physique de la matière condensée, physique des solides
7 Physique de la matière condensée, cristallographie

Sciences pour l'ingénieur (Dir. SPI)
8 Informatique, automatique, signaux et systèmes
9 Génie électrique, plasmas, optique, microélectronique
10 Génie mécanique, milieux déformables et acoustiques
11 Génie des procédés et systèmes réactifs, thermique

Chimie (Dir. Chimie)
12 Chimie de coordination et catalyse
13 Electrochimie, cinétique et photochimie
14 Chimie et physicochimie des matériaux inorganiques
15 Chimie et physico chimie moléculaire organique
16 Chimie et physico chimie d'intérêt biologique et thérapeutique
17 Physicochimie moléculaire et macromoléculaire

INSU
18 Astronomie et environnement planétaire
19 Océan et atmosphère
20 Terre: histoire, structure et dynamique externe
21 Terre: physique, chimie et dynamique interne

Sciences de la vie (Dir. SDV)
22 Structure biosynthèses et interactions des macromolécules biologiques
23 Biologie et physicochimie des systèmes macromoléculaires intégrés
24 Génétique et biologie cellulaire, microbiologie
25 Biologie des interactions cellulaires
26 Biochimie et biologie végétales
27 Pharmacologie et thérapeutique expérimentale
28 Physiopathologie expérimentale et humaine
29 Physiologie animale
30 Psychophysiologie et psychologie
31 Biologie des organismes et biologie du développement
32 Biologie des populations et des écosystèmes

Sciences humaines et sociales (Dir. SHS)
33 Anthropologie, préhistoire, ethnologie
34 Sociologie, démographie
35 Géographie, aménagement de l'espace
36 Sciences de l'économie et de la gestion
37 Sciences du droit
38 Sciences du politique
39 Les mondes de l'antiquité classique
40 Protohistoire, mondes gallo-romain et médiévaux
41 Histoire et civilisations modernes et contemporaines
42 Sciences du langage
43 Littératures, langues et cultures françaises et étrangères
44 Langues et civilisations orientales
45 Philosophie, épistémologie, histoire des sciences et des techniques

Tableau II, le Comité national de 1950 à 1882, de 31 à 45 sections

 

La physique et ses instituts

Paradoxalement, malgré le rôle des physiciens dans la création du CNRS, la physique est allée le plus loin dans une externalisation qui l'a éloigné des modes de fonctionnement du Comité national. En effet, loin d'accroître leur présence en son sein (le nombre de sections concernées par la physique est resté à peu près stable jusqu'aujourd'hui), les physiciens ont voulu s'extraire de l'emprise du Comité national afin de répondre aux contraintes financières liées à l'installation d'une instrumentation lourde dont la disposition dépend souvent d'une coopération internationale. Ainsi, au début des années 1960, astrophysiciens et géophysiciens se sont rapprochés autour des nouvelles sondes extra-atmosphériques pour fonder l'Institut national d'astrophysique et de géophysique (INAG). Mais afin de répondre aux craintes que ce nouvel institut ne dépossède le Comité national de ses prérogatives, son promoteur (J.-F. Denisse) propose que les sections concernées forment le conseil scientifique de l'INAG, devenu ultérieurement 'Institut national des sciences de l'univers' (INSU, 1987) par recouvrement des sections concernées (sect. 18 à 21)[9].

En 1972, les mêmes contraintes d'équipements lourds (accélérateurs linéaires, synchrotrons) ont contribué à l'institutionnalisation de la physique des particules au sein d'un 'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules' (IN2P3) destiné à regrouper des équipes du CNRS, du CEA, du CERN et de la faculté des sciences d'Orsay. Mais tandis que l'INAG admettait les avis scientifiques du Comité national, les physiciens nucléaires soucieux de leur autonomie ont obtenu que leur budget demeure hors des compétences de ses deux sections concernées (sect. 1 et 2). [10]

Dans les années 1950, en s'appuyant sur la section 'Électronique, électricité et magnétisme' (sect. 3), ce type de coopération internationale entre organismes, (CNRS, CEA, Max Planck Geselschaft, université et industries locales) a permis au physicien Louis Néel (Nobel 1980) d'installer le 'Centre d'études nucléaires de Grenoble' (CEN-G)[11]. Cette réussite incite le CNRS à organiser en 1976 un département des 'Sciences pour l'ingénieur' (SPI) afin d'orienter les sciences physiques vers des activités de recherche-développement. Les SPI regroupent quatre sections du Comité national dont l'une consacrée à l'informatique et aux automatismes (sect. 8), bientôt appelée à diversifier sa vocation au profit, de la chimie, des sciences de la vie et des SHS.

 

La 'molécularisation' des sciences de la vie

L'importance prise par les sciences de la vie est un fait majeur dans l'histoire des sciences du vingtième siècle, comme cela l'est aussi dans celle du CNRS. On peut l'apprécier en termes quantitatifs avec quatre sections en 1945 pour atteindre une dizaine dans les années 1980. Simultanément, la population de chercheurs en SDV est passée de 18 % de ses effectifs globaux à plus 30% une vingtaine d'années plus tard, soit près du tiers de l'ensemble de son personnel (il s'agit souvent de chercheuses puisque les SDV sont le secteur le plus féminisé du CNRS, 50% à la fin des 1970, contre 20 % en moyenne dans les autres secteurs). Cette expansion est liée à l'avancée des connaissances dans les sciences du vivant, notamment à la complexification d'une biologie plus réductionniste qui l'a rapproché de la biochimie (de 1950 à 1980, dix points de moins en pourcentages pour la chimie au profit des SDV cf. Tab. III).

En 1950, grâce au soutien du pasteurien André Lwoff, le CNRS obtient l'ouverture d'une section de 'biologie cellulaire' (sect. 16), malgré le vœu des naturalistes classiques qui redoutent la baisse des moyens consentis à la botanique (intervention de Roger Heim le directeur du Museum d'histoire naturelle devant la section 18, 'botanique et biologie végétale'). Cette rivalité entre naturalistes et réductionnistes ressurgit en 1959 lorsque la DGRST lance une action concertée 'biologie moléculaire'. Cette discipline en plein essor, récompensée par le Nobel des trois pasteuriens en 1965 (A. Lwoff, J. Monod et F. Jacob), sera inscrite dans la nomenclature du Comité national en 1970 sous l'intitulé de 'biologie des interactions cellulaires' (sect. 22). Plus récemment, les sections de 'biologie structurale' (sect. 20 et 21), 'génétique' (sect. 23) 'neurosciences (sect. 29) qui représentent­­ désormais le fer de lance de la recherche en SDV, suscitent encore un certain dépit chez les tenants d'une vision plus holiste des sciences biologiques regroupés dans l'étude de la biodiversité (sect. 32).

Le cas de la recherche médicale illustre cette évolution. Bien qu'en 1945, la présence de médecins y ait été fermement contesté par les Pasteuriens, la section de 'médecine expérimentale' a permis a une nouvelle génération de cliniciens (C. Oberling, J. Bernard, B. Halpern, etc.) d'accéder à la recherche de laboratoire. En 1974, la molécularisation de la médecine conduit le cancérologue Georges Mathé à demander le dédoublement de cette section qui compte alors 300 médecins chercheurs, entre l'une chargée de 'pathologie expérimentale' (sect. 23) et l'autre de 'thérapeutique expérimentale' (sect. 24). Le CNRS a ainsi activement participé à l'essor d'une médecine moléculaire, au moins autant que l'Inserm et cela malgré quelques réactions de biologistes qui rappellent que « la biologie a plus fait pour la médecine que la médecine elle-même » (P. Chambon, E. Wollman, sect. 22 'interactions cell.', automne 1977). Le CNRS peut ainsi légitimement revendiquer son activité dans la lutte contre l'épidémie de sida (Nobel L. Montagnier en 2008), comme sa participation au 'Human Genome Program' (séquençage du chromosome XIV en 2002, J. Weissenbach).

 

Les sciences humaines et sociales

Dès l'origine, les sciences humaines ont été introduites au CNRS, non sans susciter quelques sarcasmes de la part des sciences dures. Ainsi, Joliot s'interrogeait devant son conseil d'administration : « le CNRS en viendra-t-il à subventionner des romans ? »[12]. En fait, les sciences humaines ont su bénéficier de l'organisation interdisciplinaire de l'organisme, que ce soit pour ouvrir des laboratoires de services (archéologie, documentation informatisée, etc.), nouer des relations avec les sciences exactes notamment dans le domaine des SDV, voire installer de nouvelles disciplines insuffisamment reconnues jusque-là par la communauté universitaire.

Ainsi, la section 'philosophie-sociologie-démographie' du Comité national de 1945 a procédé à l'installation du 'Centre d'études sociologiques' de Georges Gurvitch. Les sociologues ont certes fini par émigrer en partie à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, ex-VIème section de l'Ecole pratique des hautes études), mais la discipline a pu se rapprocher de l'ethnologie ou de l'économie ou des sciences de la vie, grâce au lancement dans les années 1970 d''Actions thématiques programmées' (ATP). En 1982, la sociologie est représentée dans au moins quatre sections du Comité national (sect. 34,35,36 et 45).

Cependant, la place des SHS (16% des effectifs de chercheurs CNRS au début des années 1970) n'a cessé d'osciller entre leur présence aux côtés des sciences dures justifiée par le souci de l'interdisciplinarité et leur retour dans le giron de l'Enseignement supérieur, motivé par l'individualisme exacerbé du monde universitaire. Dans certains secteurs, la multiplication des sections du Comité national s'explique par des rivalités purement académiques, comme la philologie - linguistique représentées par une unique section en 1945, mais par quatre dix ans plus tard (22 à 25 en 1960), alors qu'à l'inverse, l'histoire moderne et contemporaine qui a toujours bénéficié d'une bonne implantation universitaire n'a pu s'assurer de présence décisive au sein du Comité national. En 1974, un rapport de l'OCDE (S. Hoffman, W. Léontieff) préconise le retour des SHS dans le giron universitaire ne fait que soulever le problème récurrent des relations entre le CNRS et l'Enseignement supérieur avec ses contraintes en termes de ressources humaines.

 

La professionnalisation de la recherche

En 1945, la refonte du CNRS coïncidait avec la disparition des boursiers de la caisse des sciences : « le nom de boursier ne nous plaît pas écrivait Joliot, (ils) deviendront des 'attachés'. Les candidats chercheurs ne doivent pas avoir l'impression qu'ils sollicitent une faveur, mais que leur rémunération est la contrepartie d'une activité primordiale au point de vue national »[13]. Ainsi est créée une nomenclature de fonctions calquée sur la hiérarchie universitaire (chargé, maître et directeur de recherche pour chargé de travaux, maître de conférence et professeur dans l'Enseignement supérieur). Ainsi, au début des années 1950, les attachés de recherche sont les thésards d'un professeur qui est le patron de leur laboratoire et souvent membre du Comité national. Son calendrier est organisé en conséquence et se réunit deux fois par an : au printemps pour examiner les candidatures et discuter de la promotion des chercheurs, à l'automne pour parler des laboratoires et de leurs moyens de fonctionnement. En fait, le Comité national devient une "assemblée de notables écrit Jean-Christophe Bourquin, dont la vocation est de contrôler la reproduction scientifique et sociale de l'Université. Les mandarins y distribuent des places et répartissent des moyens en fonction d'une excellence scientifique dont ils s'attribuent l'appréciation. Pour l'attaché de recherche le recrutement au CNRS n'est qu'un transit vers la faculté où il est pratiquement assuré de trouver emploi" [14].

La situation évolue lorsque les représentants les deux milliers de chercheurs que compte le CNRS en 1956 prennent conscience de préoccupations différentes de celle leurs sept mille collègues universitaires. Une scission dans le Syndicat national de l'Enseignement supérieur (SNE-Sup) aboutit à la création du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS). Celui-ci obtient un premier statut en décembre 1959 avec la titularisation des maitres et les directeurs de recherche (MR et DR), mais non les attachés (AR) et les chargés de recherche (CR). Le syndicat fait alors pression pour obtenir l'automaticité de la promotion des 'AR', en fait des chercheurs stagiaires, au grade supérieur (CR). Sous cette pression, les départs d'AR en fin de thèse qui représentait un flux de 10% dans les années 1950, décroissent progressivement pour se stabiliser aux environs de 2% dans les années 1970. [15] Ces revendications aboutiront finalement au statut de 1984 avec des dispositions qui étendent le statut de fonctionnaire à l'ensemble du personnel des établissements publics scientifiques et technique (EPST).

Le Comité national a donc joué un rôle majeur dans la professionnalisation de la recherche publique. Ce point est d'autant plus important que la rémunération du personnel (chercheurs + ITA) n'a jamais représenté moins des deux tiers de son budget de fonctionnement, jusqu'à atteindre les 9/10èmes dans les années 1980. En permettant de former les gros bataillons de la recherche, la professionnalisation de la recherche a permis de rendre à la France une place enviable dans la compétition scientifique internationale et le CNRS peut légitimement revendiquer les 21 lauréats Nobel qui - du physicien Jean Perrin (1926) au chimiste Jean Pierre Sauvage (2016) - y ont travaillé à un titre ou à un autre. [16]

 

1950

1965

1980

Effectifs globaux (chercheurs+ITA)

3000

11500

23000

 

Répartition en %

 

Maths-physique

23%

25%

26%

Astro-géophysique

7%

9%

9%

Chimie

26%

20%

18%

Sciences de la vie

18%

30%

28%

Sciences humaines et sociales

26%

16%

19%


Tableau III : effectifs globaux du CNRS et répartition des agents par départements scientifiques

 

Pourtant l'adoption d'un régime statutaire amorcée au début des années 1960 pour les chercheurs n'est pas exempt d'inconvénients. L'un d'eux concerne la compatibilité entre un statut de la fonction publique et les nécessités de l'évaluation scientifique. Les archives du Comité national pour les années 1970 révèlent la somme de discussions provoquées par le souci du suivi de carrière de chercheurs "qui n'ont pas démérité", la pérennité de l'emploi assuré ne facilitant pas la sanction de performances hors normes ou, à l'inverse, leur regrettable absence [17]. Un deuxième inconvénient a des conséquences plus dommageables pour la recherche. Une fois passée la vague d'expansion des années 1960 qui a vu les effectifs du CNRS quadrupler en l'espace de dix ans, le recrutement des chercheurs pâtit de l'indisponibilité de postes budgétaires ouverts au recrutement. Au cours de la décennie suivante, le Comité national multiplie les protestations qui ont laissé forces traces dans les archives. Une section de physique exprime « ...le regret que, parce que des jeunes brillants ont été mis en tête de liste, deux 'A.R. 7 ans' n'aient pu être promus »[18], le cas n'étant évidemment pas unique. Il s'ensuit des recrutements caractérisés par des coups d'accordéon liés au flux de départs à la retraite. La moyenne d'âge du personnel CNRS qui voisinait la trentaine dans les années 1960, dépasse ainsi la cinquantaine au cours des années 1980.

Pour remédier à cette situation, les directions de départements soucieuses de jouer un rôle d'orientation scientifique envisage d'intervenir dans le classement de candidats en 'fléchant' les laboratoires bénéficiaires d'un 'affichage' de postes. Mais ces velléités de pilotage sont critiquées par le Comité national. Certaines sections se plaignent d'une « ...politique malsaine de débauchage entre les équipes"[19], d'autres ne manquent pas d'évoquer le risque que toute forme de programmation scientifique n'aboutisse qu'"à la médiocratisation de la recherche"[20]. L'opposition devient alors systématique entre des directions scientifiques soucieuses d'orientations stratégiques et des sections qui s'abritent derrière l'argument de liberté de la recherche pour dénoncer un "viol de leurs prérogatives"[21]. Ces dysfonctionnements finiront par aboutir au blocage du dispositif en 1986 lors d'une pénultième tentative de réforme du CNRS[22].

 

Les aléas du pilotage 

On a évoqué les circonstances dans lesquelles au lendemain de la guerre le CNRS a abandonné ses fonctions de pilote de la recherche publique pour privilégier le soutien à la recherche fondamentale. Une quinzaine d'années plus tard, l'innovation scientifique et technique symbolisée par la conquête spatiale ou l'essor des sciences de la vie est devenu le leitmotiv des politiques scientifiques dans les pays développés. En 1959, à sa naissance la Vème République procède à l'installation d'une nouvelle administration scientifique un Comité des Sages (CCRST) appuyé sur un bras séculier, la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST). Afin d'irriguer certains domaines scientifiques porteurs d'avenir comme la biologie moléculaire, la DGRST lance des 'Actions concertées' inscrites dans un dispositif contractuel qui repose sur des modes d'évaluations collectifs et non plus individuels. Soucieuse d'impliquer le CNRS dans ces nouvelles procédures, la Délégation lui confie le soin d'établir un 'rapport de conjoncture' susceptible d'éclairer de nouvelles voies scientifiques. En fait, la tâche se heurte d'amblée aux modes de fonctionnement du Comité national. Chargé de répartir des moyens budgétaires dévolus entre une quarantaine de sections (cf. Tableau II), celui-ci s'avère incapable d'arbitrer entre les demandes des physiciens et celles des biologistes, entre celles des naturalistes et des molécularistes, entre démographes et sociologues, etc. Le saupoudrage des crédits auquel il est astreint rend donc vaine toute possibilité d'orienter la recherche.

En revanche, une initiative de la direction du Centre pour développer un dispositif d'évaluation collective, est une réussite. Elaborée par Pierre Jacquinot en 1964, la nouveauté consiste à soumettre les laboratoires propres ou associés au CNRS à une évaluation pluriannuelles de leur activité (le tourniquet). Des laboratoires et des équipes de recherche universitaires associés (LA, ERA) sont désormais assurés d'un mode d'évaluation dont ils étaient jusque-là pratiquement dépourvus. En fait, ce dispositif qui n'a pas peu contribué à doper le tonus de la recherche universitaire, concerne aussi les autres établissements scientifiques associés au CNRS (Institut Pasteur, Inserm, INRA, etc.) avec la généralisation des 'unités mixtes' (UM) que nous connaissons aujourd'hui.

Il reste que le souci d'introduire au CNRS un mode de pilotage de la recherche s'est heurté aux réticences de son Comité national constate un audit confié au conseiller d'Etat Antoine Bernard en 1972[23]. Inspirée des actions concertées de la DGRST, malgré leur réussite initiale, les 'Actions thématiques programmées' (ATP) n'ont pas reçu le développement attendu. Lancées à l'initiative des départements scientifiques du CNRS, I.e. en dehors des compétences du Comité nationale, les 'ATP' étaient censées combler certaines lacunes du champ scientifique à l'interface entre champs disciplinaires. Ainsi une 'ATP toxicologie' est prévue compenser les faiblesses de la recherche pharmacologique en tissant des liens entre biochimie et biologie. En SHS, un secteur de la recherche particulièrement émietté, des 'ATP' ont permis de fructueux rapprochements interdisciplinaires avec les sciences exactes, tout en facilitant le rapprochement de la sociologie et de l'économie en matière de santé humaine, dans les domaines de l'énergie ou de l'urbanisme par exemples. Mais les sections du Comité national ayant obtenus une représentation au sein des comités d'ATP, le dispositif périclite pour se réduire in fine à fournir la jouvence des laboratoires[24]. En fait les 'ATP' n’ont jamais vraiment fait souche au CNRS regrettait son directeur le physicien Robert Chabbal, alors que l'ambition initiale était de représenter la moitié de son budget d'équipement, elles n'en ont au mieux mobilisé que le dixième..

 

Involution - externalisation 

Les Assises de la recherche et la Loi d'orientation de 1984 soldent les revendications des chercheurs en instituant un statut d'établissements publics scientifiques et techniques (EPST) accompagnant la fonctionnarisation de leur personnel. Mais ces réformes n'ont guère contribué à Insérer le CNRS dans l'économie d'innovation schumpéterienne que nous connaissons aujourd'hui. Si l'organisme est resté un élément clé de la recherche française, une forme d'involution l'a ramené à sa vocation initiale, celle d'une 'caisse des sciences' destinée à assurer la subsistance de chercheurs, "ces cerveaux si fâcheusement pourvus d'estomacs" disait Jean Perrin[25]. Quant au Comité nationale dont les responsabilités multiformes ont privé le CNRS d'une bonne visibilité internationale, il se retrouve délesté de certaines fonctions au profit de nouvelles instances. Depuis 2005, le pilotage de la recherche publique est assuré dans un cadre contractuel par une 'Agence nationale de la recherche' (ANR) censée mettre en œuvre "(son) financement sur projets dans le respect de standards internationaux.../ en intensifiant les liens entre secteur public et secteur privé.../ (tout) en ciblant ses efforts sur des priorités économiques et sociétales définies par l'Etat"[26]. C'est l''ANR' qui est habilitée à décerner les labels d'excellence (LABEX) aux laboratoires du CNRS, comme à ceux des autres établissements publics. Quant à l'évaluation des unités de recherche de l'Enseignement supérieur ou des EPST, elle est confiée à un 'Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur' (HCERES). Seule l'évaluation des chercheurs CNRS reste l'apanage du Comité national[27], mais leur recrutement est inscrit dans une enveloppe fixée par le ministère de la Recherche dans le cadre de la loi de Finances.

 

[1] Ce dossier est tiré d'un rapport d'audit effectué en 1991 (Le Comité national du CNRS, par J.-F. Picard en collab. avec J.-C. Bourquin et M. Bungener) réalisé à partir d'un fonds d'archives du Comité national côté AN 830008 : 119-183 sessions du CN par sect d’automne 1971 à printemps 1979. Voir aussi Picard J-F, 'La République des Savants, le CNRS et la recherche française', Flammarion, 1990 ainsi que Guthleben D., 'Histoire du CNRS DE 1939 à nos jours', Armand Colin, 2013.

[2] Perrin J., 'La recherche scientifique, Paris, Hermann, 1933

[3] Note du directeur de l'Ens. sup au ministre de l'Education nationale, janv. 1935 (AN 80284 - 1)

[4] Zay J. , 'Souvenirs et solitude', Le Talus d'approche, 1987

[5] CNRS, comité de direction, 18 sept. 1944 (AN 80284 - 205)

[6] Décret du 8 nov. 1945

[7] Teissier G., 'Une politique française de la science', conf. à l'Union française universitaire, 21 juin 1946 (AN 80284)

[8] Signalons aussi que le découpage du CN peut aussi répondre au souci de ne pas dépasser le nombre d'environ 150 à 200 chercheurs représentés dans chaque section.

[9] Darmon G., 'La mise en place d'un institut national au sein du CNRS, l'INAG', Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1988. 1.

[10] Darmon G.,'La mise en place des instituts nationaux, la difficile naissance de l'IN2P3, Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1990-10

[11] Pestre, D.,'Louis Néel, le magnétisme et Grenoble, Cahiers pour l'histoire du CNRS, 1990 - 8

[12]Conseil d'administration CNRS, PV du 9 mars 1945 (AN 80284 - 55)

[13] Joliot F., conférence donnée au CNRS, 7 juin 1945 (d°)

[14] Bourquin j-C, 'Le Comité national de la recherche scientifique, sociologie et histoire 1950 - 1967', Cahiers pour l'histoire du CNRS 1989 - 3.

[15] il s'agit par exemple de «donner la priorité au personnel et n'émettant aucun vote qui puisse aller dans le sens d'un licenciement» (sect. 5, 'thermodynamique et cinétique', printemps 1971, AN 830008)

[16] http://www.cnrs.fr/fr/recherche/prix.htm

[17] Les sections du Comité national se plaignent de passer davantage de temps à résoudre le cas de chercheurs à problèmes que de s'occuper d'évaluation scientifique. Ces remarques comme les notations qui suivent sont toutes extraites des archives du Comité national cotées AN 830008 (119 à 183, sessions du CN par sections de l'automne 1971 au printemps 1979)

[18] Sect. 19 'physico chimie des interfaces' (d°)

[19] Sect. 4, 'mécanique énergétique', automne 1976 (d°)

[20] Sect. 21, 'biologie cellulaire', automne 1976 (d°)

[21] La section 22 'biologie des interactions cellulaires' dénonce un viol de ses prérogatives lors de « ...l'octroi d'un poste à un chercheur classé treizième quand il n'y a que sept postes attribués à la commission »(printemps 1976, d°). C’est l’époque où la notion de 'minimum vital' pour la survie d'un laboratoire est lancée, une pratique à laquelle un président de section rétorque que « ...des gens ont pu vivre dans des camps de concentration (!) pendant six ans, sans en mourir » (P. Brossel, sect. 8, 'physique atomique et moléculaire', automne 1976, d°).

[22] ' Le CNRS paralysé par une décision du Conseil d'Etat', Le Monde, 21 juin 1986

[23] Voir Guthleben D., 'Histoire du CNRS de 1939 à nos jours', Op. cit., pp. 308 et sq.

[24] Imbert, 'Biologie des interactions cell.', automne 1976 (AN 83008). On reproche également aux ATP de sortir du domaine de la recherche publique pour devenir "une industrie pharmaceutique qui ne veut pas dire son nom» (pharmocodynamie, automne 1977, d°).François Gros dénonce un système qui stérilise l'“humus” indispensable à la recherche fondamentale (Directoire du CNRS, réunion des 5-6 juillet 1977).

[25] Perrin J., discours devant le CSRS, avril 1938 (AN 80284). Cette évolution se traduit aussi en termes revendicatifs moins structurés, au début des années 2000 l'association 'Sauvons la Recherche' se substitue dans une large mesure au syndicalisme classique (SNCS, SGEN, CGE...).

[26] <http://www.agence-nationale-recherche.fr/missions-et-organisation/missions/>

[27]La structure du Comité national a peu changé depuis les années 1980 <http://www.cnrs.fr/comitenational/sections/intitsec.php>. Les directions scientifiques ont été rebaptisées 'instituts'. Deux nouveaux instituts ont été créé écologie et environnement et sciences mathématiques et interactions. Les défunts Programmes interdisciplinaires de recherche (PIR) ont donné suite à 5 commissions interdisciplinaires <http://www.cnrs.fr/comitenational/cid/intitcid.php>


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