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Entretien avec Pierre Lehmann

(Jean-François Picard, IN2P3, le 17 octobre 1988)

J'ai commencé à travailler à l'accélérateur linéaire d'Orsay à l'époque d'André Blanc-Lapierre

Selon vous, quelles étaient les raisons de créer l'IN2P3 ?
En France, les moyens de la physique des particules étaient atomisés, il s'agissait en général de petits accélérateurs de style Van de Graaf installés sur des campus un peu épars. Il est apparu plus opérationnel de fédérer des équipes pour justifier les demandes de gros équipements nécessaires à nos disciplines.

Le rôle du CEA dans la genèse de l'IN2P3 ?
Le rôle du CEA a été essentiel en France en matière de recherche fondamentale en physique nucléaire. Par exemple, après-guerre, la mécanique quantique n'était pas enseignée à la Sorbonne, mais au CEA, vous connaissez les noms : Messiah, Bloch, Maurice Lévy,...

Mais un CEA assez marqué politiquement au moins à ses débuts ?
...Joliot, bien sûr. C'est vrai que l'idéologie a eu une influence... disons sur certains esprits.

...Qui continue à peser aujourd'hui
(Rire) votre polémique avec H. Langevin! Vous les avez bien renvoyés dans les cordes.

Merci et du côté de Polytechnique ?
Ca n'avait pas la qualité du CEA. Leprince-Ringuet était un bon entraîneur d'équipes, mais scientifiquement,  bon... Son cours était mauvais, il n'aurait d'ailleurs pas pu le faire sans l'aide d'Astier. Pour vous donner une idée de l'état d'esprit des cours de physique à l'X, je me souviens qu'un jour Leprince nous avait présenté le premier microsillon 33 tours ramené directement des Etats-Unis (!).

Quels étaient les termes de la relation CNRS-CEA dans l'IN2P3 ?
Au moment de la création de l'IN2P3, le CEA et le CNRS sont restés distincts. Ainsi Saturne et GANIL sont partagés fifty-fifty par les deux organismes. En réalité il y a plus d'agents CEA autour de Saturne et plus de CNRS autour de GANIL. Mais je dois dire que la coopération a toujours été satisfaisante. Bon, il y a eu des problèmes, comme toujours entre grandes boutiques, comme l'affaire de l'injecteur "Minas" de Saturne sur laquelle Yoccoz a finalement dû céder.

Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui le CEA voudrait que nous fassions une machine à électrons (cryogénique). Nous (IN2P3), nous répondons que trois machines nationales, c'est trop et nous suggérons la fermeture de 'Saturne'. Mais le CEA se fait tirer l'oreille. Par ailleurs des machines à électrons vont être lancées dans un cadre européen et le CEA a moins de pratique des relations internationales que nous.

L'origine du GANIL ?
Sur le plan scientifique, c'est un projet qui est né à partir du cyclotron 'Alice' à Orsay.

Que pensez-vous de la normalisation du statut de l'IN2P3 au sein du CNRS ?
Le fait que l'IN2P3 ait été réabsorbé par le CNRS n'est pas une mauvaise chose en ces temps où la physique des particules n'est plus en odeur de sainteté. J'estime qu'il y a des côtés positifs à la réintroduction du budget IN2P3 dans le budget CNRS, par exemple, nous pouvons abriter nos demandes dans le budget général de la recherche.

Et en matière de personnel ?
Nous continuons à gérer nos ITA, après une chaude alerte en 1982-83 lorsque la gauche (La CFDT) avait poussé le CNRS à vouloir les réenglober dans le corps général, cela aurait été idiot. Vous savez, la force de l'IN2P3 c'est sa petite taille et sa forte cohésion. Aujourd'hui l'institut, c'est 17 labos et un taux de pénétration CNRS (?) de 95%, mais je peux rencontrer tous mes directeurs de labos au moins une fois par mois. Quel autre responsable de département peut en dire autant ?

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