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Entretien avec Haroun Tazieff

Alain Dalotel & J-F Picard, 19 juin 1986


DR

Alors que nous avions émigré des tréfonds orientaux de l'Europe où je suis né en 1922, j'ai été élevé en Belgique où j'ai fait toutes mes études, notamment à la fac de science de Gembloux (Liège). En 1945, je suis partis comme ingénieur des mines au Katanga. C'est au Congo belge que j'ai découvert le volcanisme et que j'ai laissé tomber les mines pour m'occuper des phénomènes éruptifs, notamment après l'exploration d'un volcan extraordinaire, le Nyiragongo qui offrait le seul lac de lave connu dans le monde à l'époque. Un lac de lave permanent est un endroit idéal pour étudier le phénomène éruptif puisque l'on y trouve de la lave en fusion et des gaz à haute température avant qu'ils ne se modifient par interactions. Grâce au Fonds national de la recherche scientifique belge (FNRS), j'ai obtenu la création d'un petit 'Institut national de recherche volcanologique' qui a fonctionné pendant quatre ans. Avec mon ami Armand Delsemme (U. de Liège) on a pratiqué des descentes dans la bouche des volcans pour y effectuer des prélèvements de lave et de gaz et réaliser les premières spectrographies de flammes volcaniques. En 1960, je me trouvais au Chili pour étudier les effets du plus grand tremblement de terre du vingtième siècle (9,5 de magnitude), un champ de ruines de 1000 km du Nord au Sud et de 200 km d'Est en Ouest. Mais quand je suis revenu deux mois plus tard, l'Institut avait été supprimé. Le Congo venait de recevoir son indépendance, donc il n'y avait plus de volcans belges et l'on avait supprimé les quelques millions de francs dévolu dans le collectif budgétaire des sciences de la Terre. En même temps, la catastrophe du Chili m'avait sensibilisé aux risques telluriques, c'est-à-dire aux applications de la volcanologie. Ainsi, de 1957 à 1963 à la demande des autorités locales, j'ai étudié l'importance des éruptions sous-marines aux Açores (Faïal, Capelinhos). J'étais sollicité de temps à autre par des responsables politiques, à tous les niveaux, inquiets à cause d'une activité tellurique dans leur région et c'est ainsi que j'ai fait de nombreuses missions UNESCO dans le monde.


La volcanologie

La volcanologie est une discipline d'autant plus spectaculaire qu'avec mes amis, j'allais là où n'allait aucun chercheur. 'Mens sana in corpore sano' comme disaient nos ancêtres, j'adore l'activité sportive, aussi bien l'aspect physique que l'aspect challenge. Une montagne, c'est un défi que nous essayons de vaincre, de même un volcan en activité, je pratique le rugby, quinze bonshommes qui se disputent le ballon ovale, c'est la même chose. En plus, comme je faisais des films pour le grand public, cela m'a donné une certaine popularité qui en agaçait beaucoup. La vulgarisation scientifique, c'est très bien vu en URSS ou aux USA où l'on compte des Nobel parmi les grands vulgarisateurs, mais beaucoup moins en France où les chercheurs rechignent à sortir de leur tour d'ivoire. D'où la réputation d'un Tazieff excellent photographe, excellent sportif, mais scientifiquement, bon... Voilà ma réputation des années 1950 jusqu'aux années 1980...
En fait, l'intuition joue un très grand rôle dans la science. Un scientifique sans imagination n'est pas un vrai chercheur. Vous sentez un truc au niveau d'un continent entier et vous vous dites qu'à tel endroit il faut aller placer des capteurs, il va se passer des choses. Il faut de l'intuition, de l'imagination, mais évidemment tout cela repose sur des faits d'observation.
Je suis devenu chargé de cours à la fac de Jussieu en 1958 pour diriger le labo de volcanologie à l''Institut du physique du globe' (IPG). En volcanologie, il y a deux choses que les gens des sciences de la Terre n'aiment pas, c'était une discipline qui n'existait pas en France au début des années 1960, donc elle ponctionnait une enveloppe budgétaire puisée dans celui des sciences de la Terre (j'avais connu la même contrainte en Belgique). D'autre part, il s'agit d'une discipline très conjoncturelle car liée aux événements éruptifs. Tout d'un coup on apprenait qu'il y avait une activité volcanique à tel endroit, donc il fallait mobiliser des moyens illico. Je disais on y va avec trois ou quatre gars et deux à trois cents kilos d'instruments et on fait fissa, impossible de se préparer un mois à l'avance. Le volcan ne m'a pas prévenu qu'il entrait en éruption et moi je ne préviens pas les instances, je pars.
L'Etna s'est réveillé en 1967 et j'ai pu lancer une mission grâce au soutien de l'ONERA qui m'a magnifiquement aidé pendant un an. Les instruments de mesure adéquats ont été construits dans cet organisme où l'on étudie les fusées et les dégagement de gaz à très haute température. Ce fut une coopération très positive, ses techniciens et ses scientifiques étaient extrêmement sympathiques, ravis de faire des missions sur l'Etna ou d'autres volcans, ce qui était tout de même plus rigolo que de travailler dans un atelier d'essais de fusée. Mais, au bout d'un an, l'ONERA qui relevait de la Direction  des  recherches et technologies du ministère des Armées m'a envoyé sa facture : tant d'heures d'ingénieur, tant d'heures de chercheurs, tant pour ceci, pour cela... Bref, il y en avait pour je ne sais plus combien de millions de francs. N'ayant pas un sou, je leur ai dit qu'il n'était pas question que je paye, pas plus que le rembourse la petite participation du CNRS. Bref, ils ont passé ça dans leur compte de pertes et profits et je n'ai plus eu de contrat avec eux. Dommage.


L'Afar, la tectonique des plaques

L'Afar pour moi était un énorme point d'interrogation géologique que j'essayais de comprendre depuis 1948. On ne savait pas ce que représentait cette dépression extraordinaire, dans le coin de la mer Rouge et je me disais que l'on pourrait trouver des réponses à certaines questions que se posent les sciences de la Terre concernant la dérive des continents. J'avais essayé d'y aller lors d'une expédition au Kenya, puis en 1950 avec la Calypso de J-Y Cousteau. A l'époque je m'intéressais aux éruptions sous-marines, j'ai été l'un des premiers à décrire et à analyser celles de Faïal et Capelinhos aux acores quelques années plus tard. Bon, Cousteau n'avait pas été assez rigoureux dans son programme et nous ne sommes pas allé en Afar. J'ai de nouveau essayé par voie de terre en 1953, toujours sans succès. Enfin, après une reconnaissance effectuée seul en 1967 en Ethiopie grâce à Georges Jobert, le directeur de l'IPG, j'ai obtenu un poste de chercheur au CNRS avec la charge de mener une 'recherche coopérative sur programme' (RCP). Ainsi, la RCP 'phénomènes éruptifs' nous a permis de monter une mission franco-italienne. Il faut savoir que l'Afar est l'un des seuls endroits au monde avec l'Islande où l'axe médio-océanique se trouve à l'air libre, partout ailleurs il est sous des milliers de mètres d'eau de mer. La découverte de l'expansion des fonds océaniques responsables de la dérive des continents date de la fin des 1950. C'est précisément ce qui se passe dans l'Afar de manière beaucoup plus active qu'en Islande, une région d'autant plus intéressant pour l'étude qu'elle est désertique et dépourvue de végétation. J'ajoute que l'accès au territoire français des Afars et des Issas était rendu plus facile grâce à notre brave vieil ami Haïlé Selassié.
J'ai donc obtenu la direction d'une RCP que j'ai montée avec mon ami le professeur Giorgio Marinelli de l'université de Pise. Chaque hiver de 1968 au début des années 1970, nous partions en expédition avec les excellentes équipes interdisciplinaires que nous avions formée (géologues, pétrologues, stratigraphes, géophysiciens, volcanologue et paléontologistes), l'été rendant la chaleur insupportable dans cette région. J'avais une certaine autorité qui me permettait de les amener sur un terrain difficile où l'on se crève, on se tue pendant trois semaines à faire de la géologie dans le désert de cinq heures du matin à sept heures du soir. C'est dur, mais c'est passionnant et cela a très bien marché.
En 1971 j'ai convaincu Jobert, d'installer là-bas un réseau sismographique et grâce à l'aide de Georges Laclavel (?), le directeur de l'Institut géographique national (IGN), on a utilisée un géodimètre laser, une technique toute nouvelle à l'époque qui nous a permis d'installer un réseau réseau géodésique extrêmement précis pour analyser le mouvement des plaques tectoniques. On s'est dit, pourvu que le prochain mouvement brusque arrive avant l'an 2000. Coup de pot, il est arrivé cinq ans plus tard. En novembre 1978, la terre a tremblé, le rift s'est ouvert et le magma a jailli. Ca a fait une petite éruption très jolie, mais surtout on a pu mesurer qu'en quelques minutes, l'Afrique et l'Arabie se sont écartées de 1,80 m. On a assisté à la cassure et à l'écartement de ce qui est à l'Ouest le morceau de fonds océanique sous la mer Rouge et à l'Est de la plaque arabique. La dépression de l'Afar, située le long de la mer Rouge n'est pas un morceau d'Afrique au point de vue tectonique, même si géographiquement elle y est située. La mer Rouge  n'est pas une mer comme la Baltique ou la Méditerranée, mais un océan en formation qui aura quelques milliers de kilomètres de large d'ici des millions d'années, ce dont nous avons eu confirmation en pratiquant la géochronologie de ses fonds rocheux par mesures radiologiques. Le rendement scientifique de ce programme a été fabuleux, sans fausse modestie de ma part, j‘en suis très fier. L'Afar est ce que j'ai fait de mieux dans ma vie scientifique, mais nos résultats ont été étouffés, je dirais même pillés, par la bande Allègre le Pichon et compagnie.


Le CNRS et la recherche programmée

J'ai voulu reprendre l'idée de ces mouvements de plaques non plus à l'échelle du rift médio-océanique que nous avions découvert avec la faille de l'Afar, mais à celle de l'ensemble d'une plaque. Or la plaque arabique est relativement petite, deux mille kilomètres environ jusqu'à ce qu'elle se glisse sous sa voisine, la plaque asiatique, c'est-à-dire dans le golfe Persique où elle soulève la côte sud-ouest de la Perse, la chaine du Zagros. Etudier cet ensemble représentait une belle aventure et j'ai demandé au CNRS le lancement d'une nouvelle RCP. Mais un membre des commissions du CNRS, le géologue Jean Goguel m'a expliqué qu'il n'y avait plus de RCP et que désormais on lançait des 'actions thématiques programmées' (ATP). J'ai dit : "moi, je me fous que vous appeliez ça RCP ou ATP, je suis d'accord pour en prendre la direction". En revenant d'une expédition à l'Erebus, un volcan antarctique, je m'étais arrêté à Téhéran pour m'entendre avec les autorités iraniennes en vue de lancer des recherches géophysiques et sismologiques afférentes. Voilà la belle aventure que l'on aurait pu mener, mais que j'ai du abandonner!
Dix ans plus tôt, lorsque Hubert Curien m'avait ouvert un poste de maître de recherche, j'avais dit que j'étais grandement honoré d'entrer au CNRS, mais que vu mon âge j'avais pris des habitudes d'indépendance absolue, ce à quoi il m'avait dit que je ne serais placé sous la tutelle de personne. Mais, ce que je ne savais pas ou ce que je ne voulais pas savoir, c'est que pour obtenir des crédits, il fallait hanter les couloirs du CNRS et passer beaucoup de temps dans des commissions. Ayant passé ma vie sur le terrain, j'étais donc totalement inexistant dans les dites commissions. Or, j'apprends que dans une ATP, on n'a pas le droit de dire aux différents participants ce qu'ils devaient faire. Je leur ai donc dit qu'ils aillent la faire sans moi. Certes, une affaire comme celle là nécessite la pluridisciplinarité puisqu'elle implique une douzaine de labos, mais il faut quelqu'un au-dessus qui dirige, qui ordonne l'ensemble d'un point de vue strictement scientifique. Bref, j'ai renoncé à la direction de cette ATP qui a été confiée à un glorieux professeur de Paris XI (Eric Mercier) et dont il n'est d'ailleurs pas sorti grand chose, chacun ayant fait ce qu'il voulait pour consommer les moyens mis à sa disposition. Bel exemple de gaspillage de l'argent du contribuable.


Le CEA et les risques sismiques

Au début des années 1970, je suis retombé sur mes pattes grâce au Commissariat à l'énergie atomique qui m'avait déjà bien aidé. Au lendemain de la Guerre, le CEA avait rempli l'objectif assigné par De Gaulle, doter la France de la bombe atomique, puis vers le nucléaire dit pacifique, l'électronucléaire. On fait de l'électricité au lieu de faire des mégatonnes, c'est tout de même beaucoup mieux. Mais comme on s'y occupait aussi de toute la technologie nécessaire, je les connaissais bien. Pour l'éruption de l'Etna, j'avais pu lancer grâce au CEA l'étude des flux d'énergies thermique et cinétique, ainsi que de matières, essentiellement gazeuse mais aussi liquides et solides émises par les volcans. Grâce à ces mesures, en cherchant des corrélations entre divers paramètres, il est en effet possible d'établir des hypothèses et des théories. Mais la France avait désormais la bombe et l'heure de la diversification étant venue, dans certains laboratoires quelques gars avaient envie de faire autre chose. En 1972, j'ai été accueilli par Jacques Labeyrie qui dirigeait le 'Centre des faibles radioactivités', un laboratoire mixte CNRS-CEA qu'il avait créé sur le campus de Gif-sur-Yvette. C'est ainsi que j'ai commencé à travailler sur les risques sismiques avec un contrat du Commissariat. Je me souviens d'un déjeuner avec André Giraud, l'administrateur général, dans un petit restaurant tout en haut du siège rue de la Fédération. "Dites-moi, monsieur Giraud, je vois très bien l'avantage que me donne mon contrat avec vous, notamment pour tout ce que je n'ai pu obtenir du CNRS et croyez bien que j'en suis enchanté. Mais, pourquoi est-ce que vous me faites cette fleur? J'aimerais comprendre." Il m'a regardé d'en haut avec son petit œil de cochon (j'ai beaucoup d'estime pour les cochons) et il m'a expliqué avec une petit sourire narquois : "Vous savez, les éruptions  volcaniques ça se vend très bien dans l'opinion. L'atome au contraire, ça passe très mal dans le public. Donc vous allez nous aider à vendre de l'atome et grâce à vous le CEA pourra améliorer son image de marque."
J'ai donc entrepris d'étudier les risques sismiques dans l'hexagone. J'avais été marqué par le tremblement de terre du Chili en 1960. Evidemment le risque millénaire est bien moindre en France, mais il n'est pas inexistant. la sismicité historique montre qu'il y a deux tremblements de terre quatre fois plus destructeurs que celui de Mexico en 1985. Le premier au XIIème siècle dans la région de Bâle en 1356 a tout détruit dans un rayon de 30 km, châteaux, églises, couvents, faisant tomber des murailles à Avallon à plus de 300 km de l'épicentre. Donc à partir de 1970, EDF a commencé à étudier sérieusement le risque sismique sur ses sites nucléaires et sur ses barrages. En 1973, je me souviens ainsi d'avoir fait une étude pour l'usine Eurodif, une filiale du CEA.


L'affaire de la Soufrière

En 1976, l'éruption de la Soufrière avait poussé le préfet de la Guadeloupe a demander au gouvernement d'évaluer les risques pour la population locale. On lui avait envoyé un expert, le pr. Robert Brousse, un professeur de pétrologie à la  Fac. d'Orsay qui se piquait de volcanologie. Doctus in libro, il savait tout les éruptions de la montagne Pelée en 1902 et en 1929 à la Martinique, mais il n'en avait jamais vu une sur le terrain. Olivier Stirn, le ministre des DOM-TOM et celui de  l'Intérieur, Michel Poniatowski voulaient profiter de la crainte provoquée par l'éruption pour faire évacuer les habitants de Saint-Claude, la préfecture de la Guadeloupe. Pour le Gouvernement, il semblait plus logique d'avoir le siège du département, à Pointe-À-Pitre la capitale économique à côté de l'aéroport, plutôt que dans une campagne perdue. Mais les habitants de Basse-Terre qu'ils fussent blancs ou noirs, pauvres ou riches, ne voulaient pas, les uns parce que cela représente quelques milliards qui passent chaque année et d'autres par vanité : "nous sommes la capitale de la Guadeloupe. Enlevez la préfecture et on deviendra un village". Le préfet Rousseau hésitait à affronter la population.
Il se trouve qu'en 1973, j'avais été bombardé volcanologue officiel du Gouvernement français. Donc le préfet me téléphone et je prends le premier avion avec trois collaborateurs (deux géochimistes du CEA et un prof. de géologie, R. X. Faivre-Pierret). En deux heures, j'étais convaincu qu'il y avait zéro danger pour la population. L'éruption était spectaculaire, mais tout prouvait qu'elle ne présentait aucun danger. Je reste huit jours sur place à la demande du préfet, puis je pars en Equateur ou j'avais une mission dans la Cordillère des Andes. Quinze jours plus tard, je trouve à l'ambassade de France à Quito une pile de télex et de télégrammes m'annonçant qu'il y avait eu une éruption plus violente et que l'on avait fait venir Claude Allègre, quelqu'un qui est aussi volcanologue que je suis tricoteuse. Il était accompagné d'une flopée d'experts, tous disant que la l'éruption présentait un danger énorme, donc qu'il fallait préparer l'évacuation de plus de 70 000 personnes. J'ai engueulé tout le monde, j'ai dit merde à la direction du CNRS qui me sommait de revenir à Paris et j'ai pris l'avion pour la Guadeloupe où j'ai débarqué en pleine panique. Claude Allègre et Guy Aubert de l''Institut national d'astro & géophysique' (INAG) du CNRS avaient publié un rapport officiel affirmant qu'il y  avait de 60 à 70% de verre volcanique frais dans les cendres de la Soufrière. Donc disait-ils le magma est proche et le risque est d'avoir des nuées ardentes comme lors de l'éruption de la Montagne pelée en 1902 cause de la destruction de Saint-Pierre et de la mort de 28 000 habitants. Or ce rapport de l'INAG daté du 4 septembre 1976 est une véritable fumisterie, un faux et usage de faux scientifique. En fait, il n'y avait pas de magma à la Soufrière.
Avec le soutien de l'opinion publique locale, j'ai obligé les autorités à faire revenir la préfecture à Basse-Terre où elle se trouve toujours aujourd'hui. J'ai également été soutenu par le CNRS, notamment par Robert Chabbal son directeur de l'époque, ainsi que par des collègues de l'université Paris VI. Mais l'affaire a eu des suites politique. Quatre ans plus tard, une visite de madame Alice Saulnier-Séité, ministre de la Recherche et patronne d'Allègre, était prévue en Guadeloupe pour inaugurer officiellement les installations de volcanologie aussi coûteuses qu'inutiles que celui-ci avait installé. On avait même invité des douzaines de personnalités du monde entier, notamment des Etats-Unis et du Japon. J'ai profité d'une rencontre à l'Elysée avec Giscard à l'occasion d'une remise de légion d'honneur à mon amie Jacqueline Auriol, pour lui dire que si le gouvernement donnait son agrément à la présence de Mme Saulnier-Séité, je me ferais un devoir de dénoncer publiquement un faux scientifique.
En 1981, j'ai fait de mon mieux pour que Giscard ne se succède pas à lui-même. Politiquement, je n'ai jamais caché mes opinions qui sont plutôt de gauche. En 1984, j'ai accepté un secrétariat d'Etat aux risques naturels et technologiques parce que le Premier ministre Laurent Fabius m'a dit : "tu réussiras à faire passer des réformes que tu juges indispensables beaucoup mieux si tu es au gouvernement qu'en dehors", et il a ajouté "je veux donner une image de politique à long terme, comme la prévention des catastrophes". Mais j'ai été blousé et finalement je me suis retrouvé tout seul. Je me suis mis un gros pavé sur la langue, notamment vis-à-vis de Pierre Joxe, le ministre de l'Intérieur, concernant la prévention des incendies de forêts et je n'ai pas dit à tout ce que j'aurais pu dire par souci de préserver une certaine solidarité gouvernementale apparente. Mais quand Allègre a été appelé au gouvernement par son ami d'enfance Lionel Jospin, j'ai jeté l'éponge.



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